samedi 13 février 2010

Xi Nian Kuai Le


Ce soir, c'est la veille du Nouvel An chinois. On se croirait en pleine guerre. Pétarades sur pétarades, feux d'artifices, les explosions ne connaissent pas de trêves et un lourd nuage de souffre flotte sur la ville. C'est tellement extrême que l'air n'est juste plus respirable.

En effet, chaque famille, devant chaque entrée de maison fait sauter sa guirlande de pétards. Ce la fait fuir les mauvais esprits. On voit aussi des gens faire sauter des fusées aux croisement des chemins ou à chaque coin de leur immeuble, pour la même raison. De coin en coin, de carrefour en carrefour, des gens brûlent des faux billets de banques et des fausses pièces de monnaies, dons aux dieux pour avoir une année prospère.

Avant tout cela, chacun a bien nettoyé sa maison, les familles se sont réunies et la plupart vont faire un très bon repas qui comprendra très certainement les fameux raviolis chinois - ou jiao zi.

Moi je reste chez moi, et j'entends plus que je n'écoute. Au bout d'un moment on finit par ne plus se précipiter vers la fenêtre quand une grande pétarade explose au pied de l'immeuble, mais je sursaute toujours un peu. Il faut avouer que ça peut taper sur les nerfs les plus fragiles. Les pétards chinois ne ressemblent en rien aux pétards que l'on trouve en Europe, ils y seraient interdits. A mon avis, on a jamais entendu un pétard avant d'avoir entendu les guirlandes de pétards chinois. A minuit, ce sera l'apothéose. Et le ciel sera rempli de feux d'artifices.

Nous entrons dans l'année du tigre (de terre si je ne me trompe). Je me réjouissais mais les chinois se montrent en fait très pessimistes. Quelqu'un m'a dit que c'était une malchance de vivre sa propre année (oui mais bon, je vais pas mourir pour revenir l'année prochaine. Ça ce serait malchanceux!) Le tigre  en fait souffre de beaucoup de superstitions injustes. Plusieurs fois, on m'a raconté que les gens nés sous le signe du tigre ne doivent pas approcher une nouvelle portée de chatons durant les premières semaines, car ils risqueraient de mourir. De même, le tigre n'est pas bienvenu aux mariages (on retrouve cette croyance dans une des nouvelles d'une bourgade éloignée de Shen Congwen. Du coup, selon les chinois, l'année du tigre n'est pas une bonne année pour se marier, et beaucoup ne veulent pas risquer de mettre au monde une tigresse et donc attendront 2011 pour avoir un enfant. Société un peu macho quand même, qui considère comme mauvais les filles nées sous le signe du tigre, car trop indépendantes et capables de semer la zizanie dans la famille. Du coup, il risque aussi d'y avoir moins de naissances en 2010 en Chine.  C'est du moins ce que dit le China Daily du 12 février. En fait, le  tigre est un signe très masculin et les tigresses montreraient un fort caractère. Quelqu'un y voit-il un problème? Perso, j'adore mon signe. Et ses caractéristiques.

Vive les tigres et bonne année du tigre à tous*!

*Attention les tigres, vous devez porter des sous-vêtements et des chaussettes rouges!


mardi 19 janvier 2010

Bêbêtes à thé

Un soir, alors que je déambulais à moitié perdue  et très fatiguée dans une des grandes avenues neutre de Chengdu, une échoppe de thé capta mon attention. je ne saur ais dire ce qui m'attira exactement, car j'en avais assez des magasins et rêvais plutôt de m'installer dans un fauteuil confortable à l'hôtel et de bouquiner un peu. L'échoppe n'avait rien d'extraordinaire non plus. Mais j'y suis entrée. Et j'y fis ma plus belle rencontre.

Elle était là. Caché au fond d'une étagère qui présentait quelques bêtes à thé - je ne connaissais pas l'espèce alors. Je promenais un œil vague sur un Confucius d'argile, quand elle apparut. Je ne peux pas dire que ce fut un coup de foudre, je la prenais, la tournais,  la soupesais, demandais vaguement son prix tout en étant prête à la reposer. Sauf qu'elle ne me lâcha pas. Tout à coup, il me la fallait absolument. Et le vendeur qui négociait à peine...

Elle, c'est un petit Pi Xiu d'argile. Mais à ce moment-là, et pendant longtemps, j'ignorais son nom. Pour moi, elle ressemblait plutôt à une loutre, chinoise bien sûr. Et elle restera La loutre.

Je connaissais déjà quelques objets autour de la cérémonie du  thé. Mais j'éprouvais quelques difficultés à définir l'usage de ma loutre dans cette cérémonie: à quoi servait-elle exactement?
"C'est pour ne pas être seul quand on boit du thé" répondit le  vendeur. Extraordinaire culture autour du thé! Et en effet, l'animal est si attachant, qu'on ne se sent jamais vraiment seul.

Cette rencontre était la genèse d'une nouvelle passion: fouiner à la recherche des plus belles statuettes  d'argile du bestiaire mythologique chinois et des divers objets amusant autour du thé. Je me suis mise à fouiner dans les plus petites boutiques de thé, à en faire le tour, l'œil aux aguets et le vendeur perplexe (non, ce n'est pas du thé que je cherche...). Mais la loutre restait le plus bel objet découvert.

Récemment, j'ai réalisé que je vivais à côté d'un grand marché du thé. Les objets les plus amusants y abondent, dont un superbe bestiaire et beaucoup, beaucoup de Pi  Xiu. Bien que ma loutre en reste la reine, ma collection s'est agrandie.

Pour savoir si l'eau est assez chaude il y a plusieurs moyens: des petits pisseurs d'argiles à deux yuans rencontrent un franc succès. Ces Mannekenpis chinois se présentent sous plusieurs formes:  garçonnet surpris, moine, bouddha, Zhu Bajie, le fameux compagnon cochon du célèbre singe Sun Wukong. Il faut les garder dans de l'eau froide dont elles doivent être remplies. Une fois l'eau prête, il suffit d'en verser sur une de ces figurine. Si un grand jet s'échappe du pisseur, l'eau est assez chaude. Cela est dû à la différence de pression: l'eau bouillante éjecte l'eau froide d'un coup.

Plus amusant encore, les statuettes thermochromes (dont les couleurs changent avec la chaleur) rencontrent un franc succès. A la fois décoratives et amusantes, on craque facilement pour ces objets magiques qui promettent d'épater un bon coup les amis. Pi Xiu noir qui se transforme en jade, Pi Xiu couleur d'argile qui devient or, Bouddha d'or, bonhomme multicolore, tigre noir qui prend les vraies couleurs du tigre ou, petit trésor croisé dans une boutique de Chongqing: la tasse aux motifs de dragons qui deviennent rouges quand le contenu est chaud. De quoi s'en mettre plein les mirettes!

Voici quelques pièces de ma collection:


dimanche 17 janvier 2010

Aujourd'hui, c'est sûr, je vais à la poste (tiré de l'ancien blog)

 
 
Il est dimanche. 10h00. Le réveil ne sonne pas. Il faut dire que mon réveil, c'est mon téléphone, et qu'il m'a quitté hier. Depuis, on ne se parle plus. Un jour gris teinté d'un peu de soleil éclaire le squelette du colosse de béton qui se construit sous ma fenêtre. Lui, ça fait un moment qu'il grince, tape, résonne. Même le dimanche, les ouvrier s'activent tôt (et parfois tard) sur le chantier. Mais j'ai l'habitude, et depuis quelques temps les machines les plus bruyantes ce sont arrêtées. D'un œil entrouvert, j'observe l'ascenseur externe monter et descendre le long des étages sans murs. Les casques jaunes se détacher sur la grisaille bétonneuse. Ce n'est ni déprimant, ni joyeux. C'est juste étrange.

Je n'ai pas envie de me lever. Mal à la tête. Rien à manger. La vaisselle sale traîne dans l’évier. Et puis... il faut que j'aille à la poste. Ohhhh ! Refermons les yeux.

Finalement debout. Routine d'un matin: je prends la cafetière italienne, la remplis à la fontaine d'eau minérale. Jusqu'à la vis. J'allume le gaz: première manette en bas, tirer sur le gligli1 noir à pression, allumer. Éteindre. C'est prêt. Musique sur les oreilles. A table.
1
C’est un bitogneau aurait dit mon grand-père

Vient ensuite la terrible épreuve de la douche. J'hésite, je lambine. Peut-être que je devrais m'habiller d'abord pour aller..., pour aller à la poste! Ah. Je vais aller prendre ma douche.

La salle de bain-wc est très petite. Et sans lumière (pas d'échelle pour changer l'ampoule). J'ouvre l'eau à fond, pour créer la pression suffisante à déclencher le chauffe-eau qui est à la cuisine. Mais plus il y a d'eau, plus l'eau est froide, donc je baisse la pression, gentiment. L'eau devrait devenir presque tiède. Devrait...  Et m.... On se rhabille vite fait, passe à la cuisine-balcon, pèse sur le bitogneau2 noir, remonte la manette du gaz et retourne dans la salle de bain. Cette fois, il y a de l'eau  tiède. Notons bien le mot tiède. Depuis qu’il fait froid, la douche n’est pas très coopérative. Il faut serrer les dents un bon coup, retenir sa respiration et hop, un coup de jet d’eau. Sans crier de préférence. Pour sûr, ça réveille!
2
C’est comme un gligli dirait ma mère

Douche terminée, j'ai écopé l'eau de la douche. Et maintenant? Maintenant, il faut aller à la poste. Oh. Demain. J'ai pas fini d'écrire les messages (ben écris-les!), et puis je n'ai pas trouvé tous les emballages (oui mais tu sais bien que la poste, elle emballe tout), et puis je ne sais pas si je peux envoyer de la nourriture (ben tu essaies, et tu verras), et puis ce serait plus facile en prenant un étudiant (ça suffit, tu y es déjà allée maintes fois sans étudiants!). Restons zen. Respirons un bon coup. J'ai les adresses, j'ai mon adresse, j'ai bien séparé tous les cadeaux pour aller plus vite, j'ai bien vérifié le mot "Autriche" en chinois pour ne pas envoyer le cadeau vers l'Australie... Bon. Allons-y.

A la poste il y a peu de monde. C'est un évènement en soi. Je me dirige vers le préposé aux colis. J’en ai cinq à envoyer, mais on va y aller progressivement. D’abord le plus gros, pour la Suisse. C’est un peu risqué, il y a des spécialités gastronomiques. Je m’attends donc à un refus. Et par esprit de contradiction… ça passe ! Wow ! J’aurais dû apporter les bonbons au yak, ils auraient peut-être passé aussi ! Mon scepticisme ne venait pas d’une propension spéciale au pessimisme (pas cette fois en tout cas), mais aux expériences passées où innocemment, j’avais voulu envoyer des choses que l’on n’avait pas le droit de faire sortir du pays : du papier journal pour envelopper un objet fragile (ah non ! on envoie pas les journaux en chinois à l’étranger, quelqu’un pourrait les lire, l’objet fragile est donc arrivé à destination sous la forme d’un puzzle 3D) ou un cd de photos souvenir d’un voyage… Du coup, des aliments…pensez ! Et bien ça passe. Promis, à la demande, j’envoie un Huo Guo entier !

Le thermostat de l’humeur a presque grimpé au beau fixe. Il faut maintenant remplir les papiers. L’adresse du destinataire, ça, ça va, c’est la mienne qui pose problème, elle est en chinois. Logique. Mais je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je doive me pencher vers un charmant jeune homme pour lui susurrer : « Euh, hum… ? Excusez-moi, désolée, est-ce que vous pourriez écrire mon adresse sur ce papier ? Désolée, je ne sais pas comment l’écrire… » (sourire gêné et mains mises ensemble en geste d’excuse et de prière.) S’il y a un truc génial en Chine, c’est qu’on se voit rarement refuser un service. Le jeune homme en question, remplit le formulaire, deux fois, en appuyant bien puis écrit encore l’adresse sur le carton. Et moi de me répandre en remerciements. S’il y a un deuxième truc génial en Chine, c’est qu’on y prend des cours accélérés efficaces de modestie et d'humilité.

Et ça continue avec le deuxième. Un nouveau sourire charmeur à un nouveau jeune homme pour écrire mon adresse (et j’en ai 5 !). Non, ce n’est pas de la drague de ma part. Mais j’apprends. Ça peut servir.
Troisième colis, pas de jeune homme. Un groupe de personnes pressées, je n’ose pas demander, j’ai l’impression d’abuser. Je me lance donc dans la rédaction de ma propre adresse, moi-même ! En m’appliquant, lentement. Et çà marche ! Ça n’a même pas l’air d’être écrit avec la main gauche !(enfin je crois). Je suis fière de moi ! Et un peu déçue. Autour de moi, personne ne remarque cette formidable performance. On est souvent seul dans les grands moments de gloire.

Les deux derniers colis ne partiront pas. Une heure de poste, c'est suffisant. Et puis les peintures sont trop grandes et j’ai failli la crise cardiaque quand l’employé, fort patient avec moi certes, mais peu conscient de la valeur à mes yeux des dites peintures, a proposé de les plier pour les faire entrer dans un carton ! Monsieur, enfin! Nous n'avons franchement pas les mêmes valeurs!

samedi 16 janvier 2010

samedi 9 janvier 2010

Pi Xiu - le mythique glouton


 
 貔貅

Il guette le passant fièrement installé sur son étagère, dans une boutique de thé. Sa belle tête de lion dressée, la mâchoire entrouverte histoire de faire savoir que la bête n’est pas inoffensive, une corne comme une volute de fumée sur son front et la queue imitant le geste, symétrique, harmonieuse. La bête a des ailes mais solidement campée sur ses pattes de félins, elle n’a que cela d’aérien. Pourtant, papa était un dragon (à noter à ce propos que si fiston garde les ailes du dragon paternel mais reste bien terrestre, le père vole mais n’a pas d’ailes, comme tout dragon chinois qui se respecte. Encore un mystère.)

C’est le mythique Pi Xiu 貔貅, ou Pi Xie. Nom charmant, mais fort variable puisque qu’on le trouve aussi sous Tian Lu 天祿. Ou Pi Ya(o). Et là, pour s’y retrouver, c’est comme pour les chameaux et les dromadaires, il faut compter, non pas les bosses, mais les cornes. Une pour Tian Lu, deux pour Pi Ya(o).


Comment Pi Xiu perdit son anus
Tout se perd. Absolument tout. Pi Xiu, lui, a perdu la partie la moins facile à perdre de son anatomie : son anus. Il faut tout de même admettre qu’il faut avoir un certain talent pour cela. Ou beaucoup d’humour.


Et de l’humour, Daddy Yuhuang* ou plus communément  玉皇大帝 n’en manque pas. Sans être magnanime  pour autant.  Ainsi, Pi Xiu a transgressé une loi céleste (laquelle, je ne sais, je n’ai pas mon code juridique céleste sous la main) et s’est retrouvé à ne pouvoir manger que de l’or, sans jamais plus déféquer. Il faut admettre tout de même qu’en matière de punition, l’Empereur de Jade ne manque pas d’imagination.

Et du coup, Pi Xiu, c’est un peu comme la poule aux œufs d’or (si on fait bien sûr abstraction des différences anatomiques). L'oor, Pi Xiu le ramasse, l'ingurgite et le garde dans sa bedaine. Il n’en fallait pas plus pour en  faire un des nombreux symboles d’abondance.

Mais ses vertus ne s’arrêtent pas là. Pi Xiu est un symbole important du Feng Shui : il a aussi la capacité d’harmoniser une vie déséquilibrée et ses crocs ne trompent pas : il est un symbole protecteur. Un symbole guerrier. Ainsi, Mme Pi Xiu, la gueule fermée, garde l’or tandis que Monsieur , tout en crocs, garde le foyer. Ensemble ils apportent la bonne fortune.



samedi 2 janvier 2010

"Messieurs Ma, père et fils" - LAO She


Choc culturel et choc des générations



Résumé :

Entre-deux guerre. Messieurs Ma, le père et le fils, embarquent pour l’Angleterre où ils vont reprendre le magasin d’Antiquités que leur laisse le frère du vieux Ma. Pour lui, cinquantenaire lettré et oisif, pauvre mais raffiné ayant rêvé toute sa vie d’être fonctionnaire et méprisant les commerçants, c’est une humiliation que de reprendre un commerce et l’idée de quitter la Chine ne l’enchante guère mais, fataliste malgré sa fierté, il se plie à cette obligation. Pour le jeune Ma Wei, c’est la chance unique de pouvoir faire des études, de construire son futur.

Ils trouvent un logement chez une veuve, Mme Window, qui vit seule avec sa fille Mary. Si la veuve voit d’un mauvais œil la venue de chinois chez elle, elle cède rapidement au charme raffiné du vieux Ma tandis que le jeune Ma Wei tombe amoureux de la jolie et coquette Mary, qui elle n’arrive pas à se départir de ses préjugés mais apprécie l’admiration qu’on lui accorde. Mais tant le fossé entre les générations, le vieux Ma représentant la Chine fossilisée dans la tradition et Ma Wei la jeunesse qui veut voir les choses changer, qui rêve de modernité, que les préjugés qui minent les relations entre les personnages, va faire imploser ce petit monde qui ne peut pas tenir ensemble.

Mon avis :

Curieuse de connaître le point de vue d’un chinois sur l’Occident, j’avais eu très envie de lire ce livre. Lao SHE a vécu à Londres dans les années 30, et il faut tout d’abord lui accorder qu’il a un grand talent de description. On voit le brouillard de Londres, l’effervescence de noël, le vieux Ma face au trafic, au tourbillon du rythme londonien, se sentant prit de tournis. Il maîtrise la description des personnages aussi, surtout celle de la veuve Window et du vieux Ma, alors que les autres personnages sont plus estompés, Ma Wei presque en filigrane. On voit la veuve Window évoluer de ses préjugés qui s’estompent, à son amour pour le vieux chinois, déchiré par les préjugés de la société. « Sauver les apparences », cette doctrine dont le vieux Ma est le plus fidèle gardien viendra finalement mettre fin à un amour condamné par la société.

Lao SHE oppose donc deux choses. La société chinoise et la société anglaise, dénonçant avec virulence les injustices dont sont victimes les immigrés chinois en Angleterre et le racisme ambiant, mais dénonçant également le manque de fierté et d’efficacité de ses compatriotes dont il fait une critique virulente, au travers du personnage du vieux Ma, et par la bouche de Li Zirong, employé efficace au magasin d’antiquités, qui fait le pont entre les valeurs trop traditionnelles du vieux Ma et le désir de modernité absolue de Ma Wei et entre la société anglaise et la société chinoise.

Voilà maintenant huit mois que je vis en Chine. Bien que ce roman se situe au début du siècle passé, je n’ai pas cessé de retrouver des analogies avec le présent. Par exemple, le conflit entre la Chine traditionnelle et la Chine moderne est très marqué. Ce n’est pas juste une histoire de conflit de génération. Il est aussi présent chez les jeunes. La modernité semble avoir fondu sans prévenir sur ce pays : elle est partout, gadgets, belles voitures avec ordinateur intégré sur lequel on voit le chauffeur jouer au… ma-jong ! En discutant un jour de la valeur du mot « harmonie », tant utilisé ici en parlant du développement du pays, on m’a expliqué que cela venait du confucianisme. Lorsque je demande à mes élèves ce qu’ils préfèrent lire, ils me répondent systématiquement : les classiques (du Moyen-Âge). Lorsque je leur demande quelle époque il voudrait visiter s’ils le pouvaient, ils me parlent de dynasties lointaines. L’impression qui en ressort pour moi, c’est que la Chine s’avance dans l’avenir en regardant vers son passé. Et Lao SHE met très bien en lumière cette fierté nostalgique de la vieille génération opposée à la déception et à la frustration de la jeune génération.

dimanche 27 décembre 2009

Chongqing un jour… Chongqing toujours




« Vous allez à Chongqing ? Pourquoi Chongqing ? Vous n’allez pas aimer ! Allez plutôt à Pékin, Pékin c’est bien. » Et d’insister sur le bruit, la pollution, la laideur de la ville, la grossierté des gens, alors que Pékin, c’est tellement plus intéressant, plus beau.

Ainsi parlait le voyagiste chinois auprès de qui j’ai acheté mon billet d’avion. Oui, mais moi je vais à Chongqing, parce que j’y ai trouvé un travail. Bien qu’à force d’en entendre parler en termes peu élogieux, de voir que non seulement le voyagiste, mais les guides de voyage également, ne s’arrêtent pas à Chongqing, ou seulement s’ils y sont forcés, et ne lui accordent que peu de place, je commençais à avoir un doute sur le choix de ma destination, cette nouvelle aventure qui se présentait sous un jour brumeux et pollué, plutôt déprimant, comme me la présentait les photos de « google image ». « Chongqing peut se visiter en une journée », dit mon lonely, parlant d’une ville de 10 mio. d’habitants. C’est 3 mio. de plus que la population de mon pays ! « Je suis passée à Chongqing », me confiait une voyageuse, « à peine y ais-je mis les pieds, je suis repartie. J’ai détesté. » Apparemment, les quelques journalistes qui y sont restés le temps d’un article n’ont pas beaucoup aimé non plus, du moins, ils n’ont pas su en saisir l’esprit, bien qu’ils aient remarqué son côté fascinant.

C’est donc avec beaucoup d’appréhension que j’ai débarqué dans ma toute première mégapole. Pensez un peu, une lausannoise (130'000 habitants) perdue dans la tropicale cité des brumes dont les gratte-ciels flous et sans fin émergent au garde-à-vous tandis que la voiture venue me chercher file sur une interminable autoroute en slalomant dangereusement entre les camions. La voiture est climatisée, mais j’ai eu un aperçu en sortant de l’aéroport du fameux climat de Chongqing ! L’une des trois fournaise de Chine.

Premières impressions, premier coup de cœur. 
En arrivant à l’université (SISU) : les arbres hurlent. En cœur. Puis s’arrêtent. Et recommencent. On dirait une gigantesque machine qui s’ébranle et s’arrête, mais cela vient bien des arbres. Deuxième impression : je suis dans la jungle. D’ailleurs, un gecko m’attend dans ma cuisine. On cohabitera quelques temps.

Amoureux de Modigliani, vous aimerez les ficus de Chongqing. Amoureux des villes étranges, vous vous laisserez fasciner. Car Chongqing, c’est tout d’abord une jungle. Une jungle urbaine, chaotique, qui se cherche et se transforme au fil des jours. Et qui se mêle à la forêt, la jungle tropicale, qui envahit ses trottoirs, ses, murs, ses rues, son ciel. Ces ficus dont les troncs s’entremêlent comme des corps d’amoureux en train de danser lascivement pour exploser en une ramure d’émeraude (qui se découvre surtout les jours de pluie) dans laquelle se cachent les cigales. Les trottoirs se soulèvent sous les racines, les arbres rampent contre les murs, envahissent l’espace urbain autant que l’espace urbain a envahi leur territoire. Les deux univers s’entremêlent.

Ensuite, Chongqing, c’est la campagne. Imaginez un peu une mégapole en pleine expansion, une ville champignon qui explose, qui se répand, bien qu’elle soit enserrée par ses deux fleuves… et qui garde des airs de cambrousse ! Un ami qui vit dans un gratte-ciel au centre de son district me racontait que son voisin gardait un coq chez lui, et que celui-ci chantait tous les matins, à l’aube, réglant le rythme de l’immeuble ! Un voisin excentrique ? Non, les rues de Chongqing ressemblent à des ruelles de village où les poules fuient à l’approche des passants pour aller gratter plus loin la terre battue. Normal, la grande majorité des habitants de Chongqing viennent de la campagne. Et l’esprit paysan y règne plus que dans n’importe quelle autre cité : Chongqing, c’est la cité des paysans, la campagne à la ville.

Sortir et s’émerveiller
« Si vous n’avez pas vu Chongqing la nuit, alors vous n’avez pas vu Chongqing ». Ainsi parlent les Chongqinais. C’est vrai. Si la ville peut paraître terne la journée (il y fait assez rarement beau, il faut l’admettre), elle explose en un feu d’artifice de couleur la nuit. Ah !  siroter un thé en grignotant des graines de tournesol sur une terrasse de bois de Nanping Gongyuan, au bord du Yangtse, et regarder la ville s’allumer ! Prendre ensuite le téléphérique, traverser le Yangtse et rejoindre Jiefanbei pour aller souper dans un restaurant panoramique au sommet d’un gratte-ciel : une heure, un tour complet ! Et pourquoi ne pas terminer par un jeu de bowling au Metropolitan ?

A l’écoute de ses papilles
Mais la meilleure manière d’apprécier l’étrange mégapole, c’est de suivre son estomac. S’il aime l’aventure, il ne sera pas déçu. Question gastronomie, Chongqing reste une expérience inoubliable. Il faut dire que la région était plutôt pauvre, les gens se contentaient donc des abats, parfois de viande peu fraîche. Ils ont donc pris l’habitude de noyer les plats dans le piment et le poivre du Sichuan. Aujourd’hui, la situation est un peu différente, mais la sauce est restée. Gare à ne pass trop abuser du fameux huo guo !


Il ne faut surtout pas hésiter à s’enfiler dans les petites rues où abondent les stands de nouilles, les chuan chuan (hot pot - brochettes), les grillades. Si c’est l’authenticité que l’on cherche, c’est là qu’on la trouve ! Le mieux étant de manger un peu de-ci de-là, de goûter à tout. À plusieurs, il y a la convivialité du huo guo (hot pot) ou, en passant, le piquant des sunlafen (nouilles de patate douce dans une soupe au piment). Et surtout, il est impossible de manquer le hua jiao, le poivre du Sichuan, une aventure en soi ! Et pourquoi ne pas terminer par une œuvre d’art en sucre ? Il y a des artistes chez les confiseurs !

Retrouver le calme et la nature à Chongqing
Ras-le-bol de la ville ? Il est possible de se perdre sur les sentiers de Geleshan, autour de la prison qui vaut le coup d’œil en soi, mais surtout sur les sentiers des villages alentour, dans lesquels on peut s’arrêter et déguster un poulet rôti au piment qui laissera des souvenirs douloureux aux estomacs les plus fragiles. On peut aussi s’abandonner à la beauté du jardin botanique de Nanshan, immense et superbe, surtout au printemps. Mais gare à la foule ! Surtout le week-end. Le jardin du temple de Hua Yuan est aussi très agréable, avec son superbe Bouddha d’or.

Une balade le soir dans le vieux quartier restauré de Ciqikou, à l’heure où la foule s’est dissipée et où seules les maisons de thé d’où émanent de la musique traditionnelle sont encore ouvertes. Et voilà qu’on se retrouve plongé dans la Chine ancienne. C’est calme et agréable, tout le contraire de l’effervescence de la journée, quand la foule se précipite dans les boutiques de souvenirs folkloriques : objets anciens, costumes chinois, quelques trésors, beaucoup de bruit. Là, il vaut mieux aller se réfugier au temple, s’attabler sur sa terrasse et siroter un thé. Le petit temple de Ciqikou reste l’un des plus joli que j’ai eu l’occasion de voir.

Et si on veut vraiment se relaxer, il y a à Nanping des termes superbes : petits pavillons chinois avec bain privé et un lit pour se reposer, bains aux divers parfums, poissons mangeurs de peau morte qui adorent les pieds (ça chatouille !) et buffet à gogo à 23h00 : l’épicurisme chinois dans toute sa grandeur, pour un prix franchement très modeste. De quoi en jouir souvent, très souvent. Aussi souvent que l’on veut !

Et puis si l'on veut sortir de la ville, il y a Dazu, Langzhong, la forêt de bambou, la forêt de pierre... Pas toujours facile, cependant, de trouver le bon bus... ou même la station dudit bus.

Alors finalement, quelle impression reste-t-il de Chongqing ? Et bien celle d’une ville fascinante, mais qui demande du temps. On aime pas Chongqing du premier coup. Il faut lui laisser le temps de la découverte. Se perdre dans son labyrinthe (et après deux ans on se perd toujours), se laisser emporter dans ses petites ruelles, plonger dans son effervescence. Les gens de Chongqing sont rudes. Francs. Ils parlent fort, s’emporte, éclatent de rire, grognent. Bref, ce sont des montagnards. On se fait un peu bousculer, crier dessus puis on se prend une grosse tape amicale dans le dos. Ils ont cette franchise dans le contact que l’on ne trouve pas partout en Chine. C’est en les  quittant que je me suis rendue compte à quel point je les aime bien, les gens de Chongqing.

Quelques liens utiles:
Le groupe des femmes, organisation caritative qui aide les enfants les plus pauvres propose quelques liens
Les sites d'expats à Chongqing proposent des renseignements, des balades, des rencontres et des adresses pour un peu tout:

Vous trouverez des photos de Chongqing ici:

samedi 26 décembre 2009

"Un monde évanoui" - YU Hua

                     
Un univers rêvé derrière un rideau de pluie

Ce petit livre contient deux nouvelles. La première est un petit polar au bord de l'eau. Une rivière, et des personnages qui irrémédiablement rejoignent ses rives. Un polar dont l'intrigue importe moins que le décors. Une peinture. Mais c'est dans la deuxième nouvelle,  éponyme du recueil, que cet art de peindre par l'écrit atteint son sommet. Et c’est pour celle-là que j’ai acheté le livre.

Si on regarde une peinture chinoise représentant des montagnes, on est souvent impressionné par l’habileté du peintre à rendre la texture et la qualité des nuages. Dans ce pays où l’esthétique est basée sur les jeux de semblant et faux semblants, il n’est pas étonnant de découvrir que la meilleure qualité de Yu Hua est la peinture du décors. Dans les deux récits ils ne dominent pas seulement, ils jouent carrément le rôle principal. Pas étonnant, dès lors, que dans "Un monde évanoui" les personnages restent anonymes.

Un monde évanoui, c’est un village où tous les habitants sont dénommés par des chiffres. Quels chiffres ? Ceux de leur maison peut-être ? Seul le devin et l’aveugle (sans logement) n’en ont pas. Cela vaut d’ailleurs la peine, pour lire cette nouvelle, d’aller chercher la signification du symbolisme des chiffres en chinois, celui-ci étant si important qu’il va jusqu’à influencer le prix d’une ligne téléphonique, selon qu’elle porte bonheur ou le contraire. Par exemple, les chiffres 8 et 6 portent bonheur alors que le 4 (qui se dit se) se prononce comme la mort, et doit être donc évité. Mais que l'on comprenne cette symbolique ou non, l’atmosphère oppressante de ce monde inconsistant nous fait craindre le pire dès le début.

Il pleut, il bruine et le monde est flou. Chaque personnage a un problème particulier, maladie étrange, cauchemars et rêves prémonitoires et tout ce petit monde tourne autour du Devin, figure inquiétante dont les personnages ne peuvent se passer, maître des destins. Il les conseille, les guide, pour leur bien? Ou pour que « tout soit à sa place » ? Sorte de Dieu mangeur d’éternité et de chair, il est à la fois incontournable et ignoble.

La particularité de ce récit est de confondre rêve et réalité, d'être enveloppé dans une bruine qui ne s’arrête pas, monde gris où fantômes et chair se mélangent et se confondent, dans une solitaire interdépendance. Un très beau récit à ne pas manquer.

vendredi 25 décembre 2009

"Le Cheval de Saint Nicolas" - Mischa Kamp


Un petit film sympathique pour la saison

Winky Wong est une petite fille chinoise. Son père a ouvert un restaurant aux Pays-Bas et sa mère et elle vont le rejoindre. C'est les yeux écarquillés que Winky découvre un monde nouveau, elle qui auparavant pensait qu'"il n'y avait que la Chine et les chinois", comme elle le dit au début du film.

Changer de monde, ce n'est pas facile. Winky ne parle pas la langue, n'a pas d'amis et ses parents vivent dans la micro-Chine qu'est leur restaurant. Mais la petite fille apprend vite. Et se fait une amie: un cheval. Et ses propriétaires. Puis une amie à l'école. Et peu à peu, elle s'intègre. C'est alors que le monde scolaire se met à tourner autour d'un seul thème: Saint Nicolas. Comme les autres enfants, Winky entre dans le jeu, plus que les autres. Elle y croit, très fort. Tandis que ses parents ne comprennent pas. Elle se met alors en tête que Saint Nicolas exaucera son rêve le plus cher: avoir un cheval.

Ce conte est une jolie histoire qui aborde avec délicatesse le thème de l'expatriation, du choc culturel et de l'intégration. Ce n'est finalement pas Winky, mais ses parents, qui se sont recréé une  petite Chine chez eux d'où ils sortent peu, qui ont le plus de mal à s'intégrer. Mais ils ont leur fille, pour ébranler leur monde et leur faire découvrir la culture de leur pays d'accueil.

jeudi 24 décembre 2009

« Le Maître a de plus en plus d’humour » - Mo Yan


L’histoire d’un petit vieux presque honorable

L’usine de Maître Ding – maître étant le terme que l’on utilise en Chine pour s’adresser à un honorable travailleur qui a travaillé longtemps – très longtemps dans le cas de Maître Ding, a fait faillite. Les cadres, dans leurs belles voitures, montre toute l’humilité possible pour s’excuser de l’inconvénient : tout le monde est viré. Même Maître Ding, qui a fidèlement servi l’usine pendant trente ans et qui devait toucher la retraite un mois plus tard. Autant dire qu’elle lui passe sous le nez. Pourtant, on le couvre d’éloge, le met sur un piédestal, comme exemple, pour tous les autres travailleurs qui s’énervent déraisonnablement. En effet, Maître Ding (qui n’a pas saisi la situation), reste calme, hébété : il est donc l’exemple même de l’employé modèle qui après 30 ans de services fidèles se résigne dignement.

Mais l’éloge est facile et l’honneur ne nourrit pas son homme – ni la femme qu’il a épousé : Maître Ding en perdra même sa dignité quand toutes les portes se fermeront à son nez au moment de réclamer l’aide promise au départ. Sans travail, sans retraite, sans un yuan (kuai pour les intimes), il lui faut se montrer créatif, et balancer par la fenêtre certains de ses honorables principes et sa pudeur vieillotte : en effet, l’heure es à la créativité et la carcasse d’un bus dans un bois où passent les amoureux pourrait offrir une source de revenu intéressante, si seulement Maître Ding se montrait un peu moins… disons… vieux jeu ? Aidé (et un peu poussé) d’un ancien collègue, il retape le bus et se lance dans un petit commerce audacieux…dont il ne se serait pas cru capable.

Ce petit roman plein d’humour se croque en une soirée. Une soirée pour découvrir quelques valeurs culturelles chinoises bien ancrées mes vieillissantes, le clash des générations que ces valeurs représentent, les problèmes sociaux bien réels, entre développement économique et manque de structures sociales dans un monde où domine le « chacun pour soi », l’hypocrisie d’un socialisme sans socialisme, l’érotisme coquin d’un vieil homme d’une autre époque… bref, un roman tout en finesse et en subtilité pour aborder des thèmes bien moins subtils. Avec humour.

mercredi 23 décembre 2009

"Vie et passion d'un gastronome chinois" - LU Wenfu


Quarante ans d'histoire depuis la cuisine


Lorsque l’on m’a prêté ce livre, malgré les carottes sur la couverture, je n’étais pas très en appétit. C’est donc parce qu’il fallait que je le rende que je l’ai ouvert, curieuse quand même des petits plats inhabituels que j’allais y découvrir mais curieuse surtout de savoir comment l’auteur allait parvenir à faire une bonne histoire sur un thème comme celui-là. Et j’ai été surprise en bien, comme on dit chez moi (j’adore cette expression) : dés le début, ce petit roman au ton léger et plein d’humour (et ça, c’est un joli tour de force, si l’on tient compte du fait qu’il traite de 40 ans de vie et d’histoire  avant, pendant et après la révolution culturelle) m’a accrochée.

Nous sommes à Suzhou, petite ville réputée pour sa gastronomie. Le jeune Gao Xiaoting observe quotidiennement le rentier épicurien Zhu Ziye mener une vie oisive entre les trois repas raffinés qu’il prend chaque jour. Gao, pauvre, bénéficiant de la « charité » du goinfre, se sent humilié et promet de se venger. C’est ce qu’il fera quelques années plus tard lorsque, jeune communiste idéaliste, il s’attaque à la cuisine de Suzhou, confondant son idéalisme populaire avec sa rancune. Mais l’adversité lui réserve bien des surprises, et son extrémisme est bien gentil comparé à celui de certains opportunistes révolutionnaires : ainsi se trouvera-t-il tour à tour patron d’un restaurant de luxe,  debout aux côtés de son « adversaire », avec une pancarte « agent du capitalisme » autour du cou ou encore s'alliera-t-il à son "ennemi" pour quelques traffic... de choux. Surtout, sa vie restera toujours liée à celle de Zhu, avec lequel il va partager plus qu’il n’aurait jamais cru et surtout voulu. Jusqu’à devoir mettre un peu d’eau dans son alcool de riz.

Ce petit roman est écrit à la première personne, du point de vue de Gao dont les déboires font beaucoup sourire. Il faut dire ici que ce n’est pas l’un ou l’autre personnage qui gagne le duel, mais la gastronomie chinoise, qui a la vie dure, très dure. Et on s’en réjouit ! Dans un pays où, pour saluer, on dit : « Bonjour ! As-tu mangé ? »

samedi 19 décembre 2009

Transfert

Et voilà, le blog déménage.

Après les problèmes fatigants rencontrés sur live, je me suis enfin décidée à faire un peu de ménage sur cette page. C'est nouveau, donc c'est vide. Mais cela encourage à faire encore mieux.
A bientôt

PS: tout ce qui précède ce billet a été transféré de l'ancien blog après la fermeture par Microsoft des blogs Windows Live. En effet, Microsoft ayant automatiquement ouvert un compte wordcom pour mettre le blog, j'ai décidé de ne pas l'ouvrir au public mais de gentiment transférer les billets ici, tout en gardant leur date de publication. Le but n'est pas que le public de ce blog aille les chercher en 2009, mais que je puisse moi, me souvenir en les relisant. Ce blog est devenu, en quelques sortes, mon journal de bord.

mercredi 16 décembre 2009

samedi 12 décembre 2009

Instant de bonheur...


Il y a deux ans, à Shanghai, m'était arrivé une aventure étonnante: un couple de chinois m'avait demandé son chemin. En chinois. Et je leur ai répondu. Toujours en chinois. J'avais ensuite continué mon bout de chemin avant de réaliser l'étrangeté de la chose. Et bien le phénomène s'est reproduit. Deux fois. En une semaine. Je sors de mon immeuble, et une personne âgée me demande où se trouve tel numéro. Je ne sais pas, je ne connais que mon immeuble. Mais j'en sautillerais de bonheur, comme un cabri. Ils ne m'ont pas traitée en étrangère. 
Car je pourrais vivre 30 en Chine, que je serai toujours l'étrangère. Celle qui probablement ne parle pas la langue. La curiosité. Il est vrai que j'ai du mal quand les parents me montrent à leur enfant, comme si j'étais une bête curieuse, en leur disant "dit hello à l'étrangère", ou que la jeunesse se met à parler anglais dans mon dos d'un ton affecté pour se faire remarquer. Que certains vendeurs hurlent "je comprends pas" quand on pipe deux mots de chinois et qu'ils en déduisent, comme çà, spontanément, que l'occidentale que je suis doit vouloir un coca (beurk). Alors quand une vieille femme ou un vieil homme s'approche pour demander un renseignement, en chinois, tout naturellement, c'est du pur bonheur!

Et en plus, ce matin, alors que je continuais mon chemin d'un pas plus allègre, une femme m'a sourit, d'un grand sourire sincère. On s'est sourit. car un sourire comme celui-là en appelle un de retour. Les gens ne sourient pas tous les jours, et tout le monde ne sourit pas, c'est sûr. Mais ils sourient plus facilement quand on se sent bien. Qu'on ne tire pas la gueule. Parce que les sourires, c'est contagieux. Ça se transmet.

dimanche 6 décembre 2009

Enfer et damnation...


.... c'est bientôt Noël!


Cela fait prêt de cinq mois que j'y pense: acheter les cadeaux (Ganzi, Xining et Xi'an sont idéales pour çà, mais quand on voyage... c'est lourd! ce sera donc Xi'an) et les envoyer au moins
3 mois, 2 mois, un 
mois... deux semaines à l'avance, par voie de surface pour que l'envoi ne coûte pas 10 fois plus cher que le contenu. Ah! Si on pouvait négocier les prix avec la poste, comme on le fait avec les marchands! J'imagine la scène... ça donnerait ça, mais en chinois, et en plus simple:

"Ce colis pour la Suisse, combien?"
"Ca fera... kuai qian! "
"Quoi! Tai gui le! C'est trop cher! Pour ce prix là, tu envoies deux colis, deux fois plus lourd, et par avion!"
"Ahhhh!" (prend un air très embarrassé, piétine un peu sur place, sourit...) "Alors combien tu proposes?"
"Ce prix-là! Par avion. C'est raisonnable, non?"
Rires. "Non, non, ça c'est par voie de surface. Allez, ce prix-là. C'est un cadeau. Prix  d'ami! Panyou!"
"Prix pour touristes, oui! Je vis en Chine moi! Je suis une laoshi! Prof, oui. Avec un salaire de prof!"
"Ah! Vous parlez bien chinois" (cela vient généralement un peu avant).
"Mais non, mais non."
"Si, si!"
"Oh... juste un peu, pas bien, ça fait trois ans que je suis là" (moi j'exagère un peu, ça fait partie du jeu)
"Trois ans!"
"Oui,  deux  ans à Chongqing, et trois mois à Xi'an."
"Ah! Chongqing! Vous aimez la nourriture épicée?"
"Oui, oui, beaucoup! So*, combien ça coûte?  On est panyou après tout. On vit dans la même rue. Tenez, je vous en donne..."
*en anglais. Je ne sais pas dire revenons à nos moutons en chinois. En y
réfléchissant, je ne saurais pas le dire en anglais non plus.

Ah, ce serait trop beau... Mais la poste, c'est la poste.
Le dialogue ci-dessus a pourtant bien eu lieu. A Huijie, le quartier musulman qui s'étend au centre de Xi'an, derrière la tour des tambours, première ruelle à gauche. Mecque du shopping souvenir, véritable souk chinois, on y trouve de tout, sauf peut-être ce qu'on cherche. Il faut y aller pour y  flâner, avec l'envie de beaucoup négocier et pas mal de curiosité pour la gastronomie. Car c'est aussi le quartier des spécialités, de quoi s'en mettre plein les papilles.
Je reviens donc les mains pleines de sacs (poubelles, ben oui) plein de belles choses et le porte-monnaie anorexique. Le décompte est fait: j'ai trouvé des cadeaux pour presque tout le monde. A la maison, en regardant les achats, un coup de fatigue: est-ce le bon achat? Est-ce de la vraie soie? (Apparemment pas. Tous mes poils se dressent au contact du doux tissu. Me voilà porc-épic). A qui vais-je offrir cela? Pourquoi ais-je choisi cette couleur? Et surtout: comment vais-je emballer çà? Où trouver l'emballage?
Car il y a une chose singulière en Chine. Si on peut acheter des cadeaux déjà emballés avec les plus belles boites du monde, il est en revanche extrêmement difficile de trouver des emballages sans le cadeau à l'intérieur. Une nouvelle chasse s'ouvre donc: celle à l'emballage. L'occasion de compléter les achats par quelques tentantes babioles, d'acheter plein de spécialités gastronomiques que je doute pouvoir envoyer, et de voir mon téléphone quitter subrepticement ma poche, pour disparaître à tout jamais. Il me semble que cette année, mes téléphones portables se succèdent à un rythme effréné, sont animés d'une vie propre, et d'une très grande indépendance. 
La poste est encore ouverte, mais ce sera pour demain. Ou après-demain. Ou la semaine prochaine. Peut-être devrais-je rentrer en Suisse pour les fêtes, histoire d'apporter les cadeaux moi-même... J'en profiterai pour recevoir un vaccin gratuit.

jeudi 3 décembre 2009

Drôle de dessin animé...



Après Bob l'éponge, qui m'avait semblé sacrément saugrenu (les gens paient vraiment pour aller voir les aventures d'une éponge au cinéma?), voici les aventures... d'une paire de cannette de boisson!
Non, non, tout est possible. Dans un bus, j'avais pris mon air blasé de voyageuse urbaine coincée sous quelques aisselles, accrochée du bout des doigts à une barre de métal (enfin je crois), les pieds serrés contre mes sacs de course posés par terre. Et le regard tourné vers la télévision (un peu de force il faut le dire, je n'aurais pas vraiment su comment tourner autrement la tête. Voilà ce que c'est que de sortir le bout de son nez un samedi de beau temps !) Et là, mon expression a changé du tout au tout. J'ai soudain réalisé que je regardais... une histoire de cannettes de boisson, avec leurs amis la fourchette et la brosse à dent et leur chien: une boite de sardine qui aboie!
Le dessin animé s'appelle"哈皮父子", ce qui veut dire "Happy père et fils". Copiez le titre en chinois, collez sous google et allez chercher les images, vous en aurez plein! En attendant, voici le papa et fiston:
On passera  le côté "nous les produits de consommations, héros heureux!"

mercredi 2 décembre 2009

Vaccins...suisses


J'ai reçu une information de l'ambassade sur les vaccins contre le H1N1 pour les Suisses (et Liechtenstein-ois)  en Chine. Ça donne çà:


"According to a Federal Council decision of 4 November 2009, the same principle will apply to the question of free influenza vaccination for the Swiss Abroad. If Swiss nationals abroad can be vaccinated in their country of residence against the H1N1/2009 influenza pandemic, they should do this there at their own expense (or according to the local provisions). According to the experience made by our representations in China, this is generally not the case for China.
Swiss nationals living abroad who cannot be vaccinated in their country of residence are entitled to travel to Switzerland at their own expense and to receive a free vaccination at one of the army vaccination centres listed below"
Donc, si j'ai bien compris, je dois rentrer en Suisse par mes propres moyens pour recevoir... un vaccin gratuit. Ben voyons!

dimanche 29 novembre 2009

Qui parle de crise du pétrole?



Dernièrement, je suis tombée sur un article sur Chongqing publié dans la NZZ. Un photographe turco-suisse qui prend de belles photos de ma ville d'adoption chinoise. En feuilletant l'album photo du mois de ce journal, je suis tombé sur cette photo extraordinaire de Chongqing:


Ce sont des taxis en train de faire la queue pour faire le plein. On les voit souvent rangés en files interminables, mais là c'est extrême! Un ami de Chengdu m'a dit qu'il y avait une crise énergétique à cause du froid et qu'à Chengdu on pouvait les voir faire la queue sur au moins trois km. J'ai cherché une info mais je n'ai rien trouvé. Serait-ce en lien avec le froid? En effet, les jours de neige que l'on a connu à Xi'an n'étaient pas régionales. J'ai croisé ce vendredi une cycliste qui, en passant la frontière du Vietnam à la Chine s'est retrouvée très surprise de passer une frontière météorologique: il neigeait à Kunming. Mais là encore, pas d'informations sur un froid exceptionnel ou des problèmes d'approvisionnement énergétique.

vendredi 27 novembre 2009

Tous à vos masques, la grippe A débarque!


Au musée des guerriers de terre cuite, un touriste
se protège. Il n'est pas le seul.

Au début de l'année, la rentrée s'est faite à l'ombre de la menace de la grippe A. Non seulement en Chine, mais partout ailleurs. Les journaux sont là pour nous rappeler la menace constante et la psychose qui va avec. Sérieuse ou non, l'ombre de la grippe A plane et affecte le quotidien. Ainsi, comme je le mentionnait dans un article précédent, une bonne moitié de ma classe ainsi que tout le département de russe avaient été astreints à leurs dortoirs et si les profs russes avaient reçu un congé, les profs de français continuaient de travailler avec des classes réduites. Cause: des cas de grippe dans les dortoirs.
Puis le temps a passé, et on a un peu oublié. Les policiers à l'entrée de l'université continuaient de contrôler l'identité des personnes entrantes, mais cela tenait de la routine et n'avait pas grands liens avec la grippe elle-même. Jusqu'au jour où, après les vacances, la police se retrouve munie de pistolets à fièvre: hop: tout le monde  est contrôlé, qui a la fièvre n'entre pas. On voit dès lors les élèves des écoles s'aligner devant l'entrée attendant leur tour, tandis que des gardiens amusés prend leur température. A l'université, idem. Mais en moins strict.
Et le temps passe. Et les pistolets se mettent à pendre à bout de bras de policiers qui peu à peu s'inquiètent plus de leur propre température soumise aux frimas de l'hiver que de la température des passants emmitouflés qui pressent le pas. La mesure s'assouplit au point qu'on ne nous contrôle plus du tout. En revanche, avec le froid, les masques apparaissent. Si on les voyaient déjà sur le nez des personnes les plus prudentes (surtout dans les lieux touristiques), ils se sont complètement généralisés au moment où le baromètre a sérieusement chuté.
Car ici, le masque ne sert pas seulement à se protéger de la maladie (ou de la poussière), il sert surtout à tenir chaud. Du coup, depuis que l'hiver s'est installé, les visages se sont couverts de masques multicolores, allant du médical au fantaisie. Pour trois yuan, on peut acheter partout, parmi les écharpes et les gants, le masque qui plaît et qui va avec sa tenue. J'ai demandé si cela datait de la période du SRAS et que les chinois s'étaient habitués aux avantages du masque contre le froid à l'époque. Apparemment, non, cela se fait depuis plus longtemps.
Couleurs d'hiver pour le froid et couleur d'été pour la tunique et contre la pollution
On commençait donc à penser que la grippe avait quitté les esprits. Eh bien non. Depuis mardi, les élèves ont l'interdiction de sortir de l'université, à moins d'avoir une autorisation spécialement délivré pour une bonne raison. Quotidiennement, je vois les policiers refouler ceux qui tentent d'entrer ou sortir sans papier tandis que je passe sans être inquiétée. Apparemment, les profs ne risquent pas d'attraper pas la grippe.

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