samedi 1 mai 2010

Se noyer dans la verdure des vallons du Kham sous de splendides cieux dramatiques

   
1. Tagong

Après avoir passé une année dans une mégapole polluée et étouffante d'où l'on ne peut que difficilement s'échapper pour aller gambader dans la nature, après avoir visité, affamée de verdure, les sites les plus proches, mer de bambous et forêts de pierre où se ruent des centaines de milliers de touristes en mal de nature et de beauté, après avoir parcouru les sentiers de béton et les innombrables escaliers des coûteux sites (naturels) d'intérêt national, j'avais besoin de m'échapper loin de l'activité frénétique des grandes villes, loin des constructions, loin des routes. L'été dernier, j'ai trouvé ce que je cherchais. De la verdure infinie dans un paysage aux formes généreuses et féminines: je suis allée me ressourcer dans le Kham sichuanais, cette partie du Tibet pour laquelle il n'y a pas besoin de permis, à deux pas (chinois) de Chengdu, au bout des longues routes boueuses étroites et encombrées d'éboulis et de trafic intense.

Première destination, Kanding. Mon but était de rejoindre Litang, où se déroule l'important festival  tibétain des chevaux. Mais celui-ci avait été annulé par les autorités, pour la deuxième (ou troisième?) année consécutive. Les stations de bus avaient également l'interdiction de vendre des billets aux étrangers (ce qu'ils nous disaient très franchement), mais cela ne représentait pas un grand problème. Il y a une quantité impressionnante de minibus tibétains qui pallient au problème et les rabatteurs savent trouver les voyageurs.  Je n'ai pas fait trois pas hors de la gare routière avant de me faire harponner.

Le festival des chevaux de Litang n'est pas unique, même s'il est le plus connu, car le plus vaste. Des festivals des chevaux, début juillet, il y en a dans tout le Kham, de Litang à Yushu, à peu prêt en même temps. J'ai donc pris la route pour Tagong, une petite bourgade nichée au fond d'une vallée d'émeraude aux douces formes féminines. Pendant plusieurs heures, le minibus plongea dans la verdure puis monta sur de petits cols de plus en plus élevés. La route était difficile, boueuse et l'on dû venir un l'aide d'un véhicule qui s'était embourbé et prendre avec nous certains de ses passagers, dont l'un organisait une randonnée à cheval vers le festival. C'est ce qui s'appelle tomber à pic.

Les festival des chevaux est le plus important de l'année. Pour les jeunes tibétains, c'est l'occasion de montrer sa bravoure par de multiples prouesse sur des chevaux plein de froufrous, emballés. Courses, acrobaties, les jeunes hommes s'en donnent à cœur joie et rivalisent d'adresse. L'enjeu est important, car le public est féminin: les jeunes filles se sont toutes faite belles: coiffures traditionnelles, splendides parures brodées, ceintures d'argent ciselé. C'est la saison des amours et la meilleure occasion de rencontrer un futur mari.

Le festival dure trois jours et les nomades s'y réunissent petit à petit, avec familles, yaks, chevaux et motos. On voit arriver des grand-mères aguillées sur de petits chevaux, devant leur belle-fille, des enfants agglutinés par trois sur le dos d'un cheval qu'ils conduisent eux-mêmes, de jeunes gens galoper autour du camp,  des familles entières dans des carrioles brinqueballantes tirées par un petit tracteur qui tire au rythme du pas. Les tentes de cérémonies se dressent, blanches et décorées, au contraire des tentes noires en poil de yak des nomades. On allume des feux, met bouillir l'eau, s'installe autour de fromage de yak et de tsampa. De jeunes gens commencent à décorer les chevaux qui participeront aux courses. Un peu plus loin, d'une tente abritant des moines, le son du cor et les litanies vibrent en permanence.

Le lendemain, avant la course, les moines qui se sont installés plus haut bénissent les chevaux en leur imposant un peu de beurre sur le front. Cavalier et cheval font trois fois le tour du groupe de moines, on lance des chevaux de vent. Dans les tentes, depuis le début de la matinée, les femmes se font belles. Poudre blanche sur le visage, cheveux tressés avec des fils rouges et pris dans une coiffe de corne en les relevant sur la tête. Longues robes brodées, ceintures. Les hommes les  imitent, vêtus de belles robes, de ceinture de tissu coloré et d'un long couteau traditionnel. On mange, on se pare et peu à peu, les groupes de femmes se réunissent sur le site, s'abritant du soleil (et de la pluie) sous des parapluies, les hommes sous de hauts chapeaux. Le soir, danses traditionnelles.

Tagong ne fait pas partie de ses villes ou déferlent chaque année les touristes, mais le flot arrive et les gens s'y préparent tant bien que mal. Ils en attendent beaucoup. Entre mode traditionnel de vie et espérances face à la vanne économique du tourisme, les gens tentent de s'adapter, les "guesthouse" colorées et superbes poussent comme des champignons, à des prix plus que abordable, les commerçants sont avides d'apprendre l'anglais et chaque fois  que l'on veut acheter quelque chose, on se retrouve à donner un petit cours d'anglais, entouré de plus en plus de curieux. Les choses vont vite, très vite. Et s'il est clair que de pouvoir participer (en tant que spectateur) au festival des chevaux est une chose extraordinaire, il est des règles qu'il faut absolument suivre. La première et majeure, c'est le respect.


Logement:

Pour 20 yuan le lit dans des chambres aux murs entièrement peints à la tibétaine, il y a l'adorable famille Guesthouse de Jya Drolma, juste derrière la place principale. Elle parle assez bien le chinois, peu l'anglais mais elle se trouve près du bus à son arrivée (0836) 2866056

Dorjee, le seul tibétain parlant anglais sur place, et qui aide aussi à loger les gens chez Drolma, était en train de finir sa propre Guesthouse à mon arrivée, la Zhara Guesthouse. Il organise des treks. Tel: 13568676327, DORJEE019@YAHOO.COM

Aucun commentaire:

Related Posts with Thumbnails