dimanche 6 mars 2011

Une délicate touche d'art de vivre...

 
... à la japonaise.

En yukata, autour du kotatsu
dans la chambre d'un ryokan
Le Japon. La première idée qui me vient à l'esprit quand j'y pense, c'est le raffinement. Les étoffes finement décorées de fleurs de cerisiers, les bâtisses anciennes à la ligne pure et sobre, les jardins silencieux qui plongent dans la contemplation, le silence d'une porte de bois et de papier qui glisse, le frôlement d'un pied sur le tatami. C'est ce calme et ce raffinement que je vais y chercher chaque fois que je m'échappe de Chine par le Levant.

Les bourrasques de neige obscurcissent le paysage. Mon amie s'inquiète. Le train entre en gare. Sur le quai, quelques passionnés, bien armés sont en position et titillent énergiquement l'obturateur de leur appareil photo. Je suis toujours surprise de voir à quel point les japonais sont passionnés par leur propres trains. Pas une gare sans que quelques photographes se contorsionne dans tous les sens pour avoir la meilleure vue possible sur le train.

Le nez caché dans l'écharpe, la tête basse, nous affrontons la tempête de neige. De grosses pattes d'ours tombent sans discontinuer. Heureusement, le vent se repose un peu. Devant la station, un groupe est assis sous un bel auvent de bois, les pieds trempés dans un petit canal d'eau chaude. C'est le premier onsen, ou bain thermal. Kinosaki en regorge. C'est bien pour cela que nous sommes là.

La rue principale est bordée de petits magasins proposant principalement du crabe, souvent vivant, et franchement énorme, spécialité du coin. Un immense crabe-robot remue ses pattes contre l'une des façades. Nous ne sommes pas loin de la mer. On est jamais loin de la mer, au Japon, mais là, disons qu'on est encore plus proche que d'habitude. Même si au premier abord, nous sommes en montagne. Nous rejoignons notre ryokan.

Les chaussures abandonnées à l'entrée, les pantoufles devant la chambre, la porte de notre chambre glisse et notre hôtesse, agenouillée à l'entrée nous salue d'une révérence. Elle nous explique que le ryokan lui-même possède son propre onsen, nous donne notre carte pour accéder à tous les bains et nous sert un bon thé vert légèrement fumé. Deux friandises de sucre en forme de geta, la fameuse sandale de bois japonaise, l'accompagne. Nous nous réchauffons, les pieds sous le traditionnel kotatsu, la table chauffante (à infrarouge) recouverte d'une couverture, qui servira de chauffage pour toute la chambre pendant notre séjour. Puis nous nous changeons.

Pieds nus (et rouges) dans les getas, en yukata,
devant le 2ème onsen
Les yukatas nous attendent, identiques. Mon amie exprime à nouveau son inquiétude. Il commence à faire nuit dehors et la neige continue de tomber à gros flocons: ne ferions-nous pas mieux d'y aller avec nos habits d'hiver? On va mourir de froid en yukata! Mais le yukata est double et s'accompagne d'une troisième petite veste. Allez, ce sera beaucoup moins drôle si on ne joue pas le jeu jusqu'au bout! Je me débat avec les chaussettes à geta, dont le pouce du pied est séparé. C'est normal que l'ouverture pour les autres doigts de pied soient d ela même taille que celle pour le pouce seul? Après avoir bien trié et remis à leur place tous les doigts de pieds, la chaussette finit par presque s'enfiler. Il reste quand même un bon bout qui pend devant. Mon amie me regarde avec une pointe de désaccort dans le sourire. Euh... Y'a un truc qui joue pas? Le yukata. Il faut passer la pan droit sur le pan gauche, quand on est vivant. Ah. Nous chaussons nos geta de bois. Avec le sol pavé et enneigé dehors, ma première pensée est qu'on va se casser la g.... bobine! Parapluie verts en main, en harmonie avec nos vêtements, petit panier au bras, pour nos affaires de toilettes, nous nous attaquons à la nuit... et aux flocons. On va commencer par l'onsen le plus éloigné! Etonnament, il ne fait pas froid. Efficace, le double yakata. Et heureusement que le vent est allé se coucher avec la nuit!

La ruelle suit la rivière, qu'enjambe de vieux ponts de pierres. Des lanternes de pierre les éclairent. La neige fait un bruit doux en venant s'écraser sur le parapluie, tandis que nos geta claquent sur les pavés mouillés. Nous croisons des groupes en yukata et parapluie. Chaque hôtel a sa propre couleur et les groupes s'harmonisent entre eux. C'est superbe, c'est femmes en yukata et geta, sous leur parapluie, qui se dissolvent dans la nuit et la neige. Le rêve d'un peintre! De temps à autres, nous rencontreons des groupes qui se sont arrêtés en chemin pour se réchauffer les pieds dans un onsen publique, sous un vieux toit de bois. Des jeunes filles rient à ma curiosité et à mon étonnement. On y cuit aussi des oeufs durs!

Le peintre E. Delacroix aurait adoré ça. Femmes aux bains. Assises sur de petits tabourets de plastique, des femmes se savonnent énergiquement. Un bassin de bois à leur pied récolte l'eau pour se rincer, la douche chaude chante de tout côtés. Dans le bassin, des femmes papotent gaiement, c'est très bruyant, joyeux, vivant. Après m'être rincée méticuleusement, de manière à ne pas laisser une bulle de savon venir s'égayer dans le bassin, je m'y enfonce lentement. Très, lentement! Après avoir marché en geta-chaussettes sous la neige, mes peids sont gelés. Un peu le contraire de l'eau, qui est à deux doigts d'entrer en ébullition! Ouch! Le pire, c'est qu'on s'y fait! Mais ce n'est supportable que si la moitié supérieure du corps, et surtout les bras, restent dehors. Nous nous glissons rapidement vers le bain extérieure. Il est prit dans la forêt de montagne, pleine de nuit et de mystère, tandis que la neige virevolte à gros flocons. Nous nous amusons à attraper les flocons avec la langue, depuis notre bain chaud. Plus tard, après avoir visité trois onsen (à pieds nus dans nos geta, nos chaussettes n'ayant pas resisté au premier trajet dans la neige et les jets d'eau anti-givrant), nous irons déguster quelques sushis dans un petit restaurant familial. C'est beau, l'art de vire à la japonaise... en hiver.

Docteur es "jouissances de la vie au pays des onsens" à Yudanaka

Pour visiter Kinosaki

jeudi 3 mars 2011

Setsubun Mantoro à Nara

   
Des daims et 3000 lanternes qui éclairent la forêt

Le 3 février dernier, jour du Nouvel An en Chine et de mon arrivée au Japon, Nara fêtait le Setsubun Mantoro, ou festival des lanternes.

A une heure de Kyoto, Nara est une petite ville au charme fou, surtout dû à son superbe parc dans lequel reignent les daims, libres, curieux et gourmands, animaux sacrés et donc respectés, ce qui les rend peu timides. Ils sont la première attraction touristique de Nara. La seconde, c'est le festival du Setsubun Mantoro.

C'est l'après-midi, il fait beau et même chaud. Autour des premières pagodes, un groupe de touriste japonais ont remplacé l'appareil photo par des pinceaux et de l'aquarelle. J'adorerais rejoindre leur classe. Ah! Illustrer mon blog par des aquarelles! Peu après les pagodes, on quitte le parc et entre dans le monde des daims. Ils sont partout. Au premier daim, je dégaine l'appareil, mais comprends rapidement que je vais avoir beaucoup d'occasions de faire de très beaux portaits animaliers sans trop me fatiguer. Il y en a jusque dans les échoppes! Pour les passionnés absolus, il est même possible de s'offrir un sert-tête orné de cornes de daims en peluche!

Je monte la colline entre forêt et lanternes de pierres couvertes de mousse. Rejoins le temple Todai-ji pour voir le Grand Bouddha (mais arrive peu après la fermeture) et profite juste au bon moment du coucher de soleil depuis Nigatsu-do. Il va être temps de rejoindre la forêt, ou les lanternes de pierres ont été allumées. On se croirait dans un conte de fée. Tout autour du temple Kasuga Taisha. Il y en a 3000! Et les gens portent de petites lanternes. J'en achète une. Tout de suite, les gens réagissent à mon lampion. Ils sont contents de me voir prendre part activement au festival. On me sourit, me fait un hochement de tête.

A 19h00, je retourne aux pagodes du temple Kofuku-Ji ou les danses et la distribution de haricots va commencer à 19h00. Setsubun est le festival du jour d'avant le printemps. Afin de se protéger des démons, les croyants vont éparpiller des haricots qu'ils auront reçus des mains des prêtres devant leur maison. Les moines prient toujours à mon arrivée tandis que la foule grossit. Des officiels sont présentés, ils distribueront les haricots après les danses, puis deux danseurs portant des masques de démons entrent en scène, avec des armes et dansent une sorte de combat dans lequel ils prennent des pauses menaçantes. La foule s'aligne devant les tables pour recevoir ses haricots.

Ce festival a aussi lieu en été.

Quelques infos ici.

dimanche 27 février 2011

Voyage aux sources de la céramique - part. 3

 
La céramique japonaise

A Shanghai le dernier week-end de janvier, et désireuse de fuir les pétarades du Nouvel-An chinois, j'ai sauté sur le paquebot en partance pour Osaka, un voyage bon marché et agréable que je conseille à ceux qui aiment prendre le temps du voyage et rencontrer des gens. Car 46 heures sur un bateau, ça veut dire pas mal de rencontres, deux soirées karaoké, quelques parties de cartes et pas mal de tchatche, en anglais, en chinois et parfois même en français. Les chinois parlent japonais, les japonais parlent chinois, et quelques occidentaux qui pour la plupart vivent en Chine ou au Japon et sautent d'une langue à l'autre. Une très belle expérience.

Ayant commencé mon voyage sur le thème de la céramique, j'ai été tentée de continuer au Japon. Seuls les prix très élevés des transports (et de la vie en général, quand on vient de Chine ça fait un choc quand même) m'ont découragée de vraiment en faire le tour, craignant principalement de me retrouver, comme en Chine, à visiter des ateliers vides pour l'hiver. Surtout que les centres de la céramique japonaises sont assez éloignés les uns des autres. Il faut en fait descendre dans le Kyushu pour admirer les sites les plus intéressants de la poterie japonaise, surtout Imari et Arima, mais une virée au fameux Himeji, le château le plus célèbre du Japon, malheureusement en réfection en ce moment (il est complètement emballé), peut se combiner avec une petite escapade à Bizen. Je me suis contentée de Kanazawa, ayant guidé mes pas vers Nagano et les Alpes japonaises. Nostalgie de ma part?

A Kanazawa, un petit musée de la poterie permet de voir les différentes étapes de la production et de décorer soi-même sa porcelaine. Je n'ai en revanche pas trouvé le musée Ohi franchement passionnant.

La différence de chaleur répartie sur le plat pendant la cuisson fait
la différence de couleur que prend le vernis

L'or, le fer et l'argent sont utilisés dans les teintes de ce motif

En séchant, le gobelet perd 10% de sa masse et le vernis se craquelle

Motifs à base d'or et de fer

vendredi 25 février 2011

Voyage aux sources de la céramique - part. 2

 
Au pays des théières

Quelques souvenirs de la superbe théière de Yixing dont je suis tombée amoureuse à Pékin? Et ce bestiaire de céramique qui accompagne les buveurs de thé - et dont je fais collection? Depuis le temps que je les recherche, il fallait que j'aille fouiner dans leur antre, que je rencontre les artistes qui les façonnent et que je déniche quelques nouvelles pièces! Yixing! La ville des théières! Départ, donc, pour le Jiangsu.

Et une belle déception...

Je ne m'attendais pas à une belle ville, ni à un petit village d'artisans et, voyageant durant la saison morte, je ne m'attendais pas non plus à une activité de rucher (ou si, un rucher en hiver et c'est exactement ce que j'ai trouvé). Mais le fait est que Yixing ne doit pas souvent être visitée, même par les touristes chinois. Le flot des visiteurs dans le Jiangsu ne doit pas dépasser Suzhou, en fait. Du coup, même les pièces du musée de la poterie ne sont pas les plus belles que l'on puisse admirer et le marcher des théières présente plus de produits bons marchée que d'oeuvres originales des artistes du coin. C'est logique. S'ils veulent vendre leurs oeuvres, c'est dans les mégapoles qu'ils doivent les envoyer, personne ne se déplacera jusqu'à Yixing pour les acheter. Quant aux potiers, ce n'est pas en hiver que l'on voit naître une théière.

 A mon avis, un passionné qui veut vraiment connaître et observer les techniques des potiers de Yixing devrait prendre rendez-vous avec un maître potier et maîtriser la langue ou venir avec un guide-traducteur. Autrement le gentil enthousiasme du gardien au portail du musée ne suffira pas...

Combat de criquets

Grenouille jouant avec le poisson

Paysage de montagne

jeudi 24 février 2011

Voyage aux sources de la céramique - part 1

 
Jingdezhen - Le très modeste centre de la porcelaine chinoise

Porcelaine de Chine, que les anglophones nomment simplement China, si blanche et translucide, aux vernis colorés, craquelés, motifs en reliefs, peintes à la main. La porcelaine chinoise occupe une place privilégiée dans les bazars, grands magasins, échopes de souvenir. Dans la littérature classique européenne, elle abonde dans les descriptions des demeures bourgeoises, Tintin se cache dans un grand vase sur la couverture du seul album traitant de la Chine, elle abonde chez les antiquaires comme un objet rare et précieux. Difficile de ne pas se laisser impressionner par sa magie, des oeuvres les plus raffinées aux plus kitsches. Mais d'où vient-elle?

Etrangement, les sources de ces richesses représentatrices de la Chine sont des régions très modestes. La ville de Jingdezhen, dans le Jiangxi, province peut visitée malgré sa proximité avec la célèbre Huang Shan, est le centre de toute la porcelaine chinoise depuis plusieurs siècles. C'est son industrie principale. Pourtant, la première chose qui frappe lorsque l'on aborde cette petite ville, c'est la pauvreté qui y règne. Plus qu'ailleurs. La ville est laide, triste et pauvre et son seul intérêt est son superbe musée de la porcelaine, qui occupe des bâtiments anciens, entourés de nature. Un îlot de beauté et de verdure dans la grisaille industrielle de la petite ville. On peut s'étonner qu'une ville qui a produit l'art le plus connu de Chine soit aussi anonyme.

En hiver, saison creuse, le musée est ouvert mais à peine actif. Beaucoup font la sieste, quelques artistes travaillent sur une poterie par-ci, par-là, ou se mettent en activité au passage des quelques touristes passionnés. Car il faut l'être pour être venu jusque là. On assiste surtout au façonnement des porcelaine et à leur décoration, les fours sont éteints et il y a finalement peut d'information sur les techniques spécifiques du vernissage. Ce qui fait la poterie chinoise, c'est sur la matière première, l'argile blanche dite "kaolin". Le musée présente néanmoins toutes les étapes de la production et quelques spectacles, le site est magnifique et il est possible de mettre la main à la pâte. En combinant avec un voyage dans les villages Huizhou alentours, cela vaut vraiment le détour. A visiter durant la belle saison.








A Tianjin, la China House est à voir absolument.

mercredi 23 février 2011

Vieux villages Huizhou en hiver

  
Quand la Chine rurale se fige sous le gel

Un village qui flotte sur l'eau gelée, comme une apparition. Des femmes écaillent des poissons au bord d'un étang en forme de lune. Une femme fait la lessive dans l'eau glacée de la rivière. Des enfants emmitouflées dans des manteaux rembourrés qui les font ressembler à de grosses poupées lancent des boules de neige. Une fillette rit de son bonhomme de neige. Des oies passent en cancannant.

Je suis dans l'Anhui. Tout ce que ce nom évoque, généralement, c'est Huang Shan. Pour ceux qui savent qu'elle se trouve dans l'Anhui, bien sûr. Du coup, pour parler de Tunxi, il faut dire Huang Shan. Autrement personne ne sait de quoi on parle. Cette petite ville au sud de l'Anhui est la base de départ vers la célèbre montagne. Tout autour de la gare, on se voit proposer des crampons (même avec la neige, certains s'attaques aux vertigineux escaliers de la montagne jaune), des bâtons de marche...

Pourtant, Tunxi, avec sa Lao Jie (vieille rue) de style Huizhou et son excellent restaurant plein de délicieuses spécialités, vaut à elle seule le détour. Elle sent le tourisme, bien sûr, mais en hiver, quand il est au plus bas, elle reste une petite ville agréable car modeste, dont la spécialité est la production d'encriers de pierre sculptées (à des prix imbattables, mais c'est un peu lourd à transporter) et sa vieille rue est splendide, qui donne un avant-goût des trésors de la région: les petits villages de style Huizhou, dont les plus célèbres sont Hongcun et Xidi. L'accès aux villages est payant, et c'est assez cher (80 yuans), mais si cela aide à les conserver...

Hiver, saison morte, et pour cause, la tempête de neige qui m'a accompagnée de Shanghai à Tunxi en aurait découragé plus d'un et le manque de chauffage (la climatisation sert à chauffer mais elle fait surtout du vent) donne au voyageur l'occasion de comprendre ce que vivent les villageois en hiver: on se couvre de vêtement ouatés et de laine et on attend le printemps les mains tendues vers les braseros (ou assis dessus, les tabourets braseros étant une invention fort ingénieuse). Mais c'est à cette saison que s'offre tout le charme des villages enneigés, pris dans les glaces, les pavés glissants, humides, et le ciel gris et brumeux. On se croirait dans le village onirique d'Un monde évanoui de Yu Hua.

Le style Huizhou, typique par ses façades carrées au toit gradué et par la cour intérieure carrée là ou le toit est ouvert pour laisser passer la lumière, s'étend dans l'Anhui et le Jiangxi. Il y a de très beaux villages autour de Jingdezhen, le centre de la poterie chinoise, qui était mon premier objectif. L'eau et la pierre se rencontrent dans certaines demeures plus cossues dont la cour intérieur donne sur un ruisseau, un petit étang avec des poissons rouges, comme dans un jardin chinois. Partout, des canaux. Seul Xidi, village fortifié, superbe mais "enfermé", ne laisse pas cette impression de "fluidité".

Je suis passée par Hongcun, Xidi, Huizhou et Xiao Likeng entre autres. Quelques photos qui parlent plus que les mots:

Hongcun

Hongcun


Huizhou

Xiao Likeng

Xidi

jeudi 3 février 2011

Vous souhaite à tous...

  
... une très bonne année du lapin!



dimanche 16 janvier 2011

Beat the road Stéph!

 
L'auteure de ce blog reprend la route dès demain et espère rapporter de belles images et de belles histoires. Première étape, Tunxi dans l'Anhui et Yixing dans le Jiangsu. Je pars à la poursuite des potiers, de la céramique et de la porcelaine chinoise... et peut-être japonaise. A bientôt!

mardi 11 janvier 2011

Une petite théière de Yixing

   
Ça y est, je l'ai enfin trouvée!

Comme je l'ai déjà soulevé dans plusieurs articles sur le thé, le thé en Chine s'entoure de nombreux objets d'art, du superbe plateau en pierre sculptée aux fabuleuse petites théières de Yixing, en passant par les calligraphies, poèmes, costumes de cérémonie ... Autant le dire, il n'est pas nécessaire d'être un amateur de thé pour s'émerveiller des objets et de la culture autour du thé.

Parmi ces objets, les théières ont toujours été un des plus beau support de l'art. Multiples, sobres ou fantaisistes, il y a des théières pour tous les goûts, une théière pour chaque personne. J'ai attendu trois ans avant de m'offrir ma théière. J'en voulais une qui m'appelle, que je désire vraiment, qui soit juste pour moi. Difficile de faire son choix au milieu de tant de merveilles, mais j'ai fini par la trouver.

Elle vient d'un artiste de Yixing, qui est la ville des théières. Façonnée dans une argile noire typique de Yixing, l'argile zisha, elle est lisse et douce comme de la soie, et prend une très belle couleur quand elle est mouillée. Ronde, un peu dodue, parfaitement équilibrée, son couvercle s’emboîte sans un espace, sans aucun jeu. Dessus, deux poissons, dont les yeux de céramique bougent sous le doigt. L'un des deux a la bouche ouverte. Il fait appel d'air et permet ainsi, lorsque l'on appuie le doigt dessus, d'arrêter l'eau de couler. C'est là toute la magie de la théière chinoise!

A l'intérieur, surprise! Un troisième poisson barbote au fond! Lui aussi, avec les yeux mobiles! Une carte signée présentant son auteur avec son maître céramiste accompagne la théière, comme garantie de son authenticité. Mais franchement, vu la beauté et la qualité, il n'y a pas de doute là-dessus.

lundi 10 janvier 2011

"Souvenirs goutte à goutte" - Hotaru Okamoto et Yuko Tone

  
Une enfance japonaise

Je ne suis pas une fan de manga. Jusqu'à ce qu'apparaisse les studios Ghibli dans mon horizon, et le superbe princesse Mononoke, je n'aurais jamais eu l'idée de payer un billet de cinéma pour aller voir un manga.C'était en 1999, au tournant du siècle. Aujourd'hui, le petit totoro de Ghibli dépassant d'une pile de dvd suffit à attirer mon attention, et je suis rarement déçue. Dans les productions de Ghibli, il y a trois films que j'apprécie par-dessus tout pour le dépaysement qu'ils offrent. Tous trois, en effet, permettent de pénétrer dans le quotidien de familles japonaises. Or c'est ce que j'apprécie le plus dans le voyage: non pas voir de beaux paysages, mais entrer dans la vie de l'autre, dans son quotidien à la fois semblable et différent. C'est pour cela, en fait, que je ne me contente pas de voyager pendant les vacances, mais que je m'incruste dans d'autres cultures depuis 5 ans, partageant le quotidien des gens.

Pourtant, pas besoin de prendre l'avion pour pénétrer dans la vie des autres: il y a le cinéma. Et le cinéma étranger réserve de belles surprises. C'est le cas du splendide "Mon voisin Totoro", dessin animé pour les enfants dont les adultes se régalerons. Mi fantastique-mi réaliste, une perle! Totoro n'est pas pour rien l'égérie de Ghibli, c'est certainement le personnage Ghibli le plus populaire. Au Japon comme en Chine, il est absolument partout!

"Mes voisins les Yamadas" est une chronique urbaine comique faite de sketches de 10 minutes à peine qui s'intercalaient entre deux émissions au Japon. Complètement loufoque, cette famille anti-conformiste japonaise fait passer de bons moments. Dommage de ne pas la programmer avant les infos ou l'une ou l'autre émission, elle ferait sûrement monter l'audimat!

Et puis il y a "Souvenirs goutte à goutte", sorti en Europe en 2007, alors que j'étais déjà loin, et que je viens donc de découvrir (en allemand, la Chine est un pays plein de surprises). Taeko, tokyoïte proche de la trentaine, décide d'aller passer ses vacances à la campagne. Le voyage et le séjour la plongera dans ses souvenirs d'écolière et dans des méditations sur le sens de la vie et ses désirs.

Le résumé n'est pas très excitant et on sent là un film nostalgique et peut-être ennuyeux. C'est tout le contraire. Sans magie, le film nous plonge dans une part d'enfance japonaise et tout au long du film le spectateur a autant l'occasion de s'identifier au personnage que de s'étonner de certaines pratiques ou références culturelles. Celle-ci foisonnent. Le dessin animé permet même de découvrir la récolte des carthame des teinturiers et la fabrication de la couleur, avec une réflexion sur le monde des paysans qui la produise et des geishas de Kyoto, qui l'utilisent. Un très beau voyage.

samedi 8 janvier 2011

"Les têtards à la recherche de leur maman" - Te Wei

  
Un régal pour les yeux et les oreilles



Tiré de "Impression de montagnes et d'eau", le dessin animé s'inspire des aquarelles de Qi Baishi.

"Le roi des singes bouleverse le palais céleste" - WAN Laiming, 1961

  
Une aventure de Sun Wukong


Le roi singe nous viens du chef-d'oeuvre de la littérature fantastique chinoise "Le voyage en Occident" de Wou T'chen-en, écrit XVIème siècle, qui parodie la relation du moine Xuanzang en Inde en quête des textes bouddhistes. Sun Wukong, le roi singe, en est le héro. Ni Dieu, ni mortel, ce personnage très ancien, malicieux comme le singe qu'il est, plein d'entrain et d'humour, est très certainement le héro le plus populaire de la littérature classique. Aujourd'hui, on le retrouve partout: séries, films, opéra, figurines, bandes dessinées et dessins animés. En fait, le dès le début de son histoire, le dessin animé chinois s'inspire volontiers des histoires de Sun Wukong.

"Le roi singe bouleverse le ciel", commence très brièvement par la naissance du Sun Wukong, fils d'un rocher, ce qui le rend particulièrement indestructible. Le roi et son peuple passent une vie agréable dans le jardin des fruits et des fleurs, caché derrière une cascade. Mais Sun Wukong ne trouve pas d'arme à sa mesure et va en réclamer une au dragon de la mer. Il repart avec un bâton magique que le dragon n'avait nullement l'intention de lui offrir. Le dragon va donc se plaindre auprès de l'empereur de Jade, qui convoque Sun  Wukong. Le singe se comporte, comme un singe. Plein d'irrespect, naïf et joueur, mais sans méchanceté, il ne se laisse pas imposer l'autorité de l'empereur de Jade. L'empereur de Jade partira donc en guerre contre l'indestructible héros. Et s'en prendra plein les dents.

Si l'empereur de Jade était le bon Dieu, dans le monde chrétien, une telle histoire aurait été censurée. Complètement irrévérencieux, Sun Wukong n'est que joyeuse rébellion et tourne en ridicule les grandes entités de la mythologie chinoise, avec une bonne humeur et une espièglerie désarmante. Ceci sur un style sobre qui rappelle le théâtre d'ombre et l'opéra dont la musique ponctue les scènes de combats, fort nombreuses. "Le roi des singes" est le dessin animé chinois le plus connu en Occident. Un petit tour sur le site du centre de documentation sur le cinéma chinois met vraiment l'eau à la bouche: il y a tant de chefs-d'oeuvres à découvrir!


Pour aller plus loin avec l'histoire des dessins animés chinois

mercredi 5 janvier 2011

Les tombeaux des empereurs Qing


Incursion dans la Vallée de la Mort

Les empereurs Qing, y compris l'impératrice Cixi, reposent tous dans les montagnes, à une heure de taxi de Jixian, pas loin du col de Hangyua. Il est plus facile de leur rendre visite depuis Tianjin que depuis Pékin, mais l'affaire reste compliquée. A l'arrivée du bus à Jixian, les chauffeurs de taxi (non agréés) se précipitent sur les passagers et je me fais harceler jusqu'aux les toilettes! Voilà qui me met d'excellente humeur! Mais il n'y a pas le choix, il faut rejoindre les tombeaux en taxi. L'un d'entre eux me propose le trajet pour 80 yuans l'aller, et de même au retour. Premier hic, il fait monter une femme "guide" sans me demander mon avis et m'explique que l'on ne peut pas se passer d'elle. Ce qui ne sera pas faux, mais elle demande 60 yuans et m'explique de manière compliquée et douteuse que grâce à elle je n'aurais pas besoin de payer de billet. Or je n'ai jamais vu nul part sur le site un endroit où acheter un billet, hormis à l'entrée de certains tombeaux. Néanmoins, sur place, je me rends rapidement compte qu'il n'est pas vraiment possible de visiter ce gigantesque site à pied à moins d'y consacrer la journée, que les tombeaux ne sont pas faciles à trouver et que finalement, elle aura été utile. Mon chauffeur de taxi veut plus que les 80 discutés, car il a attendu et conduit autour de site. Il n'y a en effet pas d'autres taxis là-haut et j'aurais été bien en peine de rentrer si je l'avais renvoyé. Je finis par céder pour 200 yuans en tout (après tout il est resté une demi-journée avec moi et il y en a eu pour 2 heures de trajet aller-retour), mais il n'en est pas content. Je reste mitigée. Bref, il faut négocier ferme, et tous les termes, dés le départ!

Cachés dans la montagne, entouré de petits villages tranquilles, les tombeaux des Qing reposent réellement en paix. C'est le vaste silence qui accueille en tout premier lieu le visiteur "presque" solitaire. C'est l'hiver, le ciel est sombre, le soleil déjà rouge au milieu de la journée semble perpétuellement au couchant, offrant au site la lumière qui lui sied le mieux. Une immense voie des Esprits se déroule au loin, ponctuée de quelques ombres de visiteurs discrets et solitaires. Autant le dire, on est loin de la Chine des lieux touristiques surpeuplés et bruyants.

Certains tombeaux ne sont plus que des ruines que l'on entretient pas, d'autres, plus précieux, sont fermés. Celui de Yulong par exemple, avec ses superbes fresques bouddhiste. Il me faut débourser 60 yuans pour y entrer, et on nous ouvre la porte, à un petit groupe de touristes chinois et à moi. Nous ne sommes que 5 et c'est comme un privilège de se voir admettre ainsi, le gardien qui nous ouvre les portes, descendre dans la crypte et se retrouver face au tombeau de l'empereur, dans sa splendide crypte. Le tombeau de l'impératrice Cixi est aussi fermé et on en voit que l'extérieur. Ce n'est certes pas un avantage de venir en hiver, hors saison touristique, quand tout est fermé, mais c'est tellement plus tranquille, plus en harmonie avec le lieu. Photos:

Au couchant
La voie des Esprits, longue de 5 km
Crypte du tombeau de Yulong
Le tombeau de Cixi

mardi 4 janvier 2011

Spécialités de Tianjin

 
A ne pas rater!

Tianjin est peut-être une petite (enfin, tout est relatif) ville "sans histoire", ce qui ne veut pas dire sans problèmes, mais nouvelle et historiquement peu intéressante, c'est ainsi que me l'on décrite mes étudiants de Xi'an (ville avec beaucoup d'histoire) quand je leur ai annoncé aller vivre là-bas, cela ne l'empêche pas d'accumuler les spécialités! La ville en a trois que l'on ne peut pas rater. Une gastronomique, deux artistiques.

Il y a tout d'abord les fameux baozi Goubuli (celui que les chiens ne touchent pas). Goubuli était un enfant des rues que les chiens errants respectaient, d'où son surprenant surnom. Il est devenu, plus tard, le roi des baozi, ces petits pains fourré cuits à la vapeur, dont il a perfectionné la recette. Les baozi de Goubuli sont devenus un passage obligé à Tianjin, même s'il faut faire la queue pour les goûter.

Il y a ensuite les niren, des petites figurines de terre cuite aux couleurs éclatantes qui représentent des scènes de la vie quotidienne, à une autre époque. Très expressifs, ceux-ci vont de la petite figurine rigolote à 20 yuans aux scènes complexes et bien plus artistiques pouvant dépasser 1000 yuans. Il y a des magasins spécialisés dans les rues de l'Ancienne culture, l'ancienne près de la tour du Tambour et la nouvelle, plus au centre.

La dernière spécialité vient de Yangliuqing. Si ce nom n'évoque rien, même aux chinois, ses peintures et découpages papiers du Nouvel An sont très réputés. Et la fête du Nouvel An y est plus intéressante aussi, sur la grande place "ancienne" derrière la superbe résidence de la famille Shi qui représente en soi la meilleure raison de se déplacer jusqu'à cette banlieue de Tianjin. Les Nian Hua représentent généralement les enfants heureux de l'abondance de la Nouvelle Année, le fameux petit garcon au poisson géant, la fille à la pêche géante, des enfants s'amusant avec des pétards, de gros bébés rampant sur le caractère Fu. Pleines de couleurs, ces peintures sont un magnifique cadeau du Nouvel An.

Deux autres spécialités s'ajoutent à cette liste, dont une est aussi une spécialité de Pékin, et de loin ma préférée: les châtaignes! Cuites et pelées avant d'être mises sous vide, elles sont juteuses et sucrées! Attention de bien prendre le paquet rouge, sans conservant! Quant aux manhua, un beignet tressé assaisonné de plusieurs manières, ils font penser aux cuisses-dames et se trouvent absolument partout!

lundi 3 janvier 2011

"In the mood for love" - Wong Kar-Wai

 
La beauté de la solitude

Mr. Chow et sa femme emménagent chez une famille de logeurs le même jour que Mme So et son mari. Mais on ne voit pas leur conjoint, on ne les verra jamais. Le film tourne autour de leur absence, et de la solitude des deux personnages qui régulièrement, se rendent chez le marchand de nouilles pour un habituel repas en solitaire. Peu à peu, Mr. Chow et Mme So soupçonnent leurs conjoints respectifs d'avoir une liaison. Ils tentent alors de comprendre ensemble comment ça a commencé, et tombent eux-mêmes dans le piège de l'amour, mais un amour platonique... pour ne pas être comme eux.

"In the mood for love" suit au fil du temps qui passe les personnages et leur solitude. Leur lent rapprochement. On voit les jours défiler au changement de qipao de Mme So. Au rythme des allées et venues vers le marchande de nouilles, des pièces de mah-zhong qui s'entrechoquent, des invitations de la logeuse pour que Mme So mange avec elle et ne reste pas seule, au rythme du thème musical qui baigne tout le film. Wong Kar-Wai dépeint la solitude avec une maîtrise superbe, tant de la photographie que des silences. Un film splendide, à regarder dans le calme, comme un tableau.


dimanche 2 janvier 2011

La résidence de la famille Shi à Yangliuqing


Un superbe Siheyuan dans la banlieue de Tianjin

La résidence de la famille Shi est un Siheyuan, c'est à dire une maison à cours intérieures, qui a été construite par un riche marchant à la fin du XIXème siècle. La résidence est gigantesque et comprends toute une partie centrale réservée aux réceptions, dont un petit théâtre. Petit bijoux architectural, il vaut bien le trajet un peu difficile (surtout depuis Minghang Daxue). Cela donne aussi l'occasion de découvrir le musée des nianhua, ces peintures du Nouvel An, dont de très beaux papiers découpés, dont Yangliuqing s'est fait une spécialité.

Il faut en effet prendre le bus 153 à la gare de l'ouest, que l'on peut rejoindre avec le bus 24 de la gare centrale. Sur le rue de l'Ancienne culture (la vraie, la vieille) on peut aussi prendre le 672. Il faut ensuite prendre un taxi à Yangliuqing. Il demande à chaque fois 10 yuans pour un trajet somme toute assez court.

Entre les cours et les maisons, de longs couloirs qui jouent sur les distances en trompe-l'oeil

La salle de classe pour les enfants Shi

Une porte en forme de vase

La chauve-souris, qui porte bonheur, est très présente dans la résidence Shi

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