dimanche 11 avril 2010

红豆少 - Hong Dou Shao

  
Une gâterie venue du fond des âges

"Chouette! Un escargot!" Dans les boulangeries chinoises, on rencontre parfois des viennoiseries qui correspondent à nos quelques repères européens déboussolés. L'escargot est un classique. Mais pas de pâte de noisette ici, la pâte brune qui se cache dans les méandres du pain a un petit goût de châtaigne. Plus sèche et plus épaisse que la crème de châtaigne, cependant: c'est la pâte de haricots rouges. Une variante noire avec un goût légèrement différent: l'escargot à la pâte de sésame noir.

Dans l'escargot, il y en a peu. Ce n'est pas le cas avec le fameux Yue Bing (月饼) ou gâteau de la lune dont les plus classiques sont fourrés de pâte de haricots rouges, de pâte de thé vert ou de pâte de sésame noir (mais il y a aussi ceux fourrés de viande, ou avec un œuf dur au centre), ou encore avec les petits gâteaux de l'après-midi que l'on déguste avec du thé. Un jour, dans un super marché, je sautais sur un paquet de rouleaux de printemps surgelés. Ah! Cuisine facile et bonne pour les jours de paresse! Ça sera parfait avec ma sauce piquante thaï! Oui, mais... Les rouleaux étaient sucrés, car fourrés à la pâte de haricots rouges. Depuis, je sais lire 红豆少. Dans le domaines des sorbets, c'est aussi un classique, avec cette étrange dessert il faut admettre peu appétissant d'aspect, et franchement totalement étouffe-bougre: la crème glacée aux haricots rouges ou 红豆牛奶冰 (hong dou niu nai bing).

Déguster la pâte de haricots rouges, c'est découvrir un goût trois fois millénaire! Ça donne le vertige! Non? La spécialité s'est ensuite répandue au Japon où elle reste un classique. Ainsi, mes papilles gustatives ont connu un orgasme au contact de cette spécialité kyotoïte (du moins c'est ce que disent les kyotoïtes et que je retrouve en photo sur le net (cliquer sur la photo pour suivre le lien): un mochi à la pâte de haricots rouge avec au centre une fraise fraîche et mûre! Absolument divin! Mais je dois avouer que j'ai failli perdre la boule, à Osaka, en me perdant dans un immense magasin de mochi!

C'est d'ailleurs le nom japonais du haricot que l'on a gardé en français: haricot azuki. La raison doit en être pratique, en chinois le gros haricot rouge que l'on utilise dans la cuisine mexicaine est assez peu présent. Les chinois appellent donc ce haricot: haricot rouge 红豆 (hong dou). On peut néanmoins préciser: petit haricot rouge 小红豆 (xiao hong dou).

Recette de la pâte de haricots rouges.

samedi 10 avril 2010

Go à gogo!

      
Place des Mille Vents, les joueurs couverts de givre sont pareils aux bonshommes de neige. Une vapeur blanche s’échappe des nez et des bouches. Des aiguilles de glace, poussées sous le rebord de leurs toques, pointent vers la terre. Le ciel est de nacre, le soleil, cramoisi, tombe, tombe. Où se situe le tombeau du soleil ?
Quand l’endroit s’est-il transformé en lieu de rendez-vous des amateurs de go ? Je l’ignore. Les damiers gravés sur les tables de granit, après des milliers de parties, sont devenus visages, pensées, prières.
Shan Sa, La joueuse de Go

Qui, mieux que Shan Sa, décrit mieux la passion des chinois pour le jeu de go? On les voit frissonner sous le crépuscule et le froid, ces joueurs de go si concentrés sur leur jeu qu'ils en oublie leur  corps. Quel jeu peut-il donc aspirer ainsi l'esprit du joueur, au point d'en oublier tout confort, d'en oublier l'hiver, mais aussi la guerre et ses horreurs?

Le jeu de go (围棋 - weiji) a beau extrêmement ancien - Confucius le mentionne dans ses entretiens - il garde aujourd'hui une très forte popularité non seulement en Chine, mais également au Japon. Ainsi, il n'est pas rare de voir, aguillé sur des cartons ou de tremblants tabourets devant les échoppes chinoises, ou dans les parcs, se dérouler une partie sous les regards experts des voisins, amis et passants. A le voir ainsi dans la rue, on en oublierait la noblesse de ses origines. Mais les japonais s'en souviennent, qui continuent de le considérer comme le plus noble des jeux. Ainsi, le jeu de go aurait des origines divines.

Dragon noir contre dragon blanc - le choc des titans
   
Les dragons ont beau être de bien nobles créatures, ils se disputent aussi. Et pour des choses aussi futiles que de savoir qui est le plus puissant. Et oui! C'est donc ce qui arriva au dragon blanc et au dragon noir. Mais il faut le reconnaître cela: ils se disputèrent de façon fort symbolique. A travers le jeu. Et la partie dura très longtemps. Après tout, les dragons ont l'éternité devant eux. 

Le jeu de go était né, et si l'on en croit la peinture chinoise, il n'était pas réservé qu'aux seuls humains ordinaires. Ainsi l'on peut voir Guanyu - héros militaire des Trois Royaume qui sera ensuite divinisé - se livrer à une partie de go lors qu'il subissait une opération au bras.

La peinture chinoise ne manque pas de représentations de philosophes et  d'aristocrates pris dans une noble partie de go. A cela, la peinture japonaise fait bon écho. Peintures anciennes ou modernes, céramiques chinoises, calligraphie. Le jeu de go a largement sa place dans l'art. Ce site en fait une belle présentation.

Le jeu le plus représenté dans la littérature?
   
Qui n'a pas lu La joueuse de go de Shan Sa? Il est presque obligatoire dans le programme scolaire ou au lycée. Et c'est certain, la belle adolescente, géniale stratège du 
goban, ne s'est pas contentée d'emplir de larmes les yeux de ses lecteurs, elle a aussi insufflé un vent d'intérêt pour le go en France. Si le go est un prétexte, chez Shan Sa, il devient le sujet du Maître de go de Yasunari Kawabata. Moins connu, mais très présent dans la blogosphère littéraire, le maître de go allie la noblesse du jeu à une philosophie orientale intrinsèque du jeu qui lui donne toute sa valeur.

Mais il n'y a pas que les amoureux de la littérature qui apprécient le go sur les pages. Je me souviens d'un jour où, autour d'un café, j'écoutais un ami m'expliquer sa passion pour les mangas japonais. Avant Hayao Miyasaki j'avais toujours considéré les mangas comme de la sous-culture, si on pouvait utiliser le mot culture, et je considérais toujours Miyasaki comme l'exception. Mais je dois admettre que n'y connaissant rien, je fus très surprise d'apprendre que parmi les différentes catégories de mangas, il y avait le jeu de go. "Quoi! Mais comment peut-on raconter des aventures en BD autour du jeu de go?" En effet, le jeu de go, ce n'est pas du Michel Vaillant. Vous pouvez écrire pas mal d'aventures autour de casse-cous sur des circuits automobiles! Mais le jeu de go, c'est le culte de l'immobilisme et du silence! Même le tirage au sort se fait en silence! Tout se passe dans la tête. C’est pourtant le défi que relève le manga Hikaru no go. Et mon ami d'ajouter "Oui, et en plus  la série (une série!) a tellement de succès chez les jeunes qu'il y a maintenant un feuilleton animé et les jeunes japonais se sont aussi mis au go!" Sidérant. Il fallait que je voie ça. Et j'ai vu. La recette est finalement toujours la même: passion, sexe, violence et un brin de fantastique. De la violence dans le jeu de go? Il suffisait en fait de faire entrer le lecteur dans la tête des impassibles joueurs, là où les fantasmes cachés prennent un visage... bien moins zen.

La complexe simplicité d'un jeu de stratégie millénaire

Alors pourquoi ce succès? Pourquoi depuis bien avant notre ère, le go rencontre-t-il un tel succès, au point d'être considéré comme un des nobles arts qu'une personne accomplie doit maîtriser? Car les enfants qui apprennent à lire les connaissent par cœur, les quatre idéogrammes qui toujours se succèdent dans le même ordre des quatre arts chinois: la musique (qin 琴) , le jeu (de go ou weiqi)(qi 棋), la calligraphie (shu 書) et la peinture (hua 畫 ).

Le petit plateau aux pierres noires et blanches est pourtant le dénuement même. Toujours sobre, sa représentation dans l'art tient plus de la noblesse des joueurs que de son esthétique. A la simplicité du matériel répond la simplicité des règle. Il s’agit de poser ses pierres sur les intersections afin de contrôler le plus de territoire possible. Mais les possibilités sont infinies. Et le hasard est totalement absent du jeu. Seul l’esprit compte. Et c’est là que le jeu de go puise toute sa noblesse : l’esprit le plus fin gagnera. La concentration qu’il faut investir dans le jeu est telle, que l’on peut comprendre l’indifférence au froid des joueurs de la Place du Vent. Superbe parabole du joueur de go.

Un jour j’étais tombée, dans le bric-à-brac d’un petit magasin, sur 4 figurines adorablement chinoises représentant les quatre arts. Le joueur joue bien sûr au go. Et se gratte la tête, pris dans sa profonde réflexion



vendredi 9 avril 2010

Ca y est! Je m'y suis mise!

   
J'ai cuisiné un plat chinois!

S'il y a un légume que l'on ne verra jamais dans ma ratatouille, c'est bien l'aubergine. Sa belle couleur prometteuse perd en présentation une fois qu'elle est cuite et son goût trop... terreux? ne me convenait pas du tout. Bref, il ne me serai jamais venu à l'idée d'acheter une aubergine et autant que je le sache, on en consomme pas beaucoup dans ma famille non plus.

Mais c'est lui faire injustice. L'aubergine est un très bon légume! On ne sait simplement pas bien le cuisiner... (Ce "on" est inclusif: il concerne tous ceux qui n'aiment pas les aubergines!) Il m'a donc fallu aller jusqu'en Chine pour découvrir l'aubergine (et le tofu... comme exposé dans un précédent billet). La grande spécialité d'aubergines chinoises ? Le Yu Xiang Jie Zi (鱼香茄子)- l'aubergine façon "queue de poisson". Du Sichuan, bien sûr.

Pour cette recette, j'ai choisi les aubergines rondes de Chine. Certains les trouvent différentes, je n'y ai franchement pas trouvé de grande différence de goût, en revanche il y a plus de pulpe.

Pour deux personnes il faut:

2 aubergines
2 cuillères à soupe d'huile
4 cuillères à soupe de sauce de soja
2 cuillères à soupe de vinaigre de riz
Un peu d'eau
2 cuillères à soupe de sucre
1 cuillère à soupe de piment rouge frais (j'en mets un peu plus mais j'ai vécu deux ans à Chongqing, forcémment...)
2 cuillères à café de gingembre frais
De l'ail frais émincé (j'aime en mettre beaucoup, 4 gousses donc. C'est selon les goûts)
De la ciboule fraîche émincée
Dans un wok (ou une grande poêle) faire revenir l'aubergine dans l'huile, ajouter un peu d'eau et la faire cuire jusqu'à ce qu'elle soit bien molle. La mettre de côté.

Dans la même poêle, faire revenir l'ail et le gingembre. Ne pas laisser brunir. Ajouter l'aubergine et tous les autres ingrédients, laisser épaissir à feu doux. Servir avec du riz.



Parfois, les restaurateurs ajoutent de la viande hachée. Il est également possible de ne pas mettre de piment. Les chinois utilisent aussi beaucoup le mono-sodium glutamate, ce qui, c'est certain, exhausse le goût (c'est son job, après tout). Mais franchement, on s'en passe très volontiers.

C'est drôle comment le voyage apporte différents trésors, parfois vraiment inattendus. Allez. réconcilions-nous avec l'aubergine!

Une vidéo de la recette en musique pour les débutants sinophones (pour lire les titres) et les non sinophones (car on se débrouille sans les titres). A noter que la recette est un peu différente, et beaucoup plus huileuse. Là aussi, c'est une question de goût. Quant à éplucher ou non l'aubergine, personnellement je trouve que laisser la peau donne une touche de couleur. Et en anglais.

A ajouter que ce n'est pas ma photo, mais promis, la prochaine fois je prends ma propre photo et remplace celle-ci.

mercredi 7 avril 2010

En Chine on cache tout...

   
... sauf l'essentiel!

Si il y a une chose qui fait écarquiller les yeux des occidentaux de passage, ce sont les barboteuses chinoises. Bébé est habillé, mais son pantalon est fendu, ouvert, laissant la seule partie que l'on veut vraiment cacher en Europe à l'air! Pour sûr, en Chine on connaît le sexe des bébés, pas besoin de tenir des dialogues genre: "Oh! Qu'il est mignon! C'est une fille ou un garçon?"
On est fixé au premier coup d'œil.

Le même voyageur peu renseigné des usages chinois restera pantois en découvrant la raison, pourtant logique, de cette béante ouverture: le bébé chinois se soulage, dès qu'il en a besoin, là où il se trouve. C'est à dire, pour certains qui font attention, dans le caniveau ou près d'un arbre. Pour beaucoup, au milieu du trottoir. Remarquons tout de même que sur nos trottoirs à nous, ce sont les chiens qui font cet office. Je trouve parfois très étrange la réaction excessivement dégoûtée de certains occidentaux découvrant cette habitude chinoise, alors qu'ils s'outreraient moins d'un chien qui tague le trottoir. Question d'habitude?

Crédit photo: Liubov Alexandrovna Balobanova

mardi 6 avril 2010

Air pur et Lumière - aujourd'hui c'est Qing Ming

 
"Aujourd'hui c'est la fête des morts QingMingJie (清明節)" s'était écriée une étudiante. J'en avais écarquillé les yeux! "Quoi? Vous fêtez les morts au printemps! Mais le printemps c'est le symbole de la vie, de la jeunesse, des naissances!" Fêter les morts en automne, à l'ouverture du maussade mois de novembre me semblait vraiment beaucoup plus logique. (Mais depuis 3 ans que je suis en Chine, je trébuche beaucoup sur le mot logique. De toute évidence, la logique est le domaine dans lequel je reste très ethnocentrique).

"Et qu'allez-vous donc faire pour QingMing?" était la question logique. "Rien." "On va se promener dans la campagne avec ma famille." "On va manger des crêpes." "Il faut nettoyer les tombes."

Mes étudiants ne suivent bien sûr pas tous la tradition. Et beaucoup sont loin de leur famille. Mais la journée reste assez importante pour être un congé national. Normalement, les familles se rendent près des tombes pour les nettoyer et pour brûler du faux papier monnaie dans le petit four proche de la tombe. Ceci, pour les tombes les plus traditionnelles. Mais aujourd'hui, le gouvernement encourage fortement la crémation. Avec une population aussi dense, ça se conçoit. Les tombes sont donc l'apanage des riches, ou des gens de la campagne. 

La fête offre néanmoins l'occasion de se balader dans la nature, pour le plaisir, si ce n'est pour rendre visite à ses aïeux, au moment où celle-ci resplendit le plus. Et il faut l'admettre, cette année est splendide. Cela fait deux week-end de suite que le soleil est au rendez-vous. Et les cerisiers sont en fleur. Sublime!

Il y a tout de même quelques signes des célébrations de Qing Ming. Premièrement, les commerçants ne perdent jamais le nord et donc au lieu de fruits, l'on vend à tous les coins de rue des monnaies de papier à brûler pour les morts. Ensuite, les entrepreneurs de pompes funèbres s'affichent, eux aussi. Ainsi, au coin de ma rue est apparue un stand promouvant un nouveau cimetière idyllique là où d'habitude, de la même manière, l'on promeut de nouveaux lotissements. Même pub, clientèle différente.

Ensuite, on peut voir, le soir, aux carrefours, des familles brûler les fameux papiers-monnaies pour les morts. Car en Chine, on ne prend pas le risque d'être à court de monnaie dans l'autre monde, qui semble-t-il partage les valeurs capitalistes du nôtre.

Et finalement, il y a les fameuses crêpes (runbing 潤餅), qui sont à l'origine des rouleaux de printemps. Ça tombe bien, sans y penser, je me suis faite des tortillas à midi. En quelque sorte, j'ai respecté la tradition. Mais voici pour les sinologues et surtout, sinophones, la recette en vidéo. Il n'y a pas besoin d'avoir un niveau très élevé pour comprendre (la preuve c'est que je comprends), mais il faut quelques bases quand même. A signaler tout de même que normalement, la recette doit se faire à froid, puisqu'il était prohibé d'allumer un feu pendant cette période.

Pour en savoir plus sur Qing Ming et ses origines, l'article de wikipedia est très complet.

lundi 5 avril 2010

Les dentelles de papier...

 
... de Lu Xue

Loin des artistes contemporains, il y a les artistes traditionnels. Et parmi ces artistes, il y a Lu Xue, aux doigts de fée. Elle perpétue l'art des découpages en papier.

Le plus ancien découpage de papier trouvé date du 6ème siècle. Généralement,le papier est rouge, parfois noir. Mais il se décline aujourd'hui sur toute la palette, même si le rouge traditionnel continue de dominer. Il n'est pas difficile d'acquérir comme souvenir un découpage typiquement chinois et l'un des plus beaux cadeaux qui m'ait été fait est un livret sur Chongqing qui présente ses diverses caractéristiques sous forme de découpages en papier. Superbe!

Dans le domaine, Lu Xue est une référence internationale. Il faut dire que sous ses doigts habiles, tout y passe! Mœurs et vie quotidienne, paysages, nature, classiques de la littérature chinoise, actualité, contes de fée d'Anderson, fleurs bien sûr... Autant de livres illustrés par les précieux découpages, placés sous le film transparent, à manipuler avec la plus grande délicatesse!

Voici une petite sélection:


Le site en chinois présente des photos. En anglais, il reste incomplet.

De son côté, une autre artiste au doigts magiques, Wang Yufen, avait créé, pour les jeux olympique de Beijing, le plus long découpage du monde: "100 dragons accueillent les Jeux Olympiques à Beijing". Et il y a bel et bien cent dragons chinois, tout en finesse, dans le découpage. Et sans un pli, s'il-vous-plaît!


Source ici

dimanche 4 avril 2010

Dix minutes de déconne dans la cité de Calvin

   
Y'a pas qu'en Chine qu'on aime les batailles de rue! Deux vidéos, à mettre en parallèle.


Et à Chongqing, pour noël et Nouvel An, les jeunes ont une façon très particulière de fêter cet évènement si peu chinois, mais fournissant un si bon prétexte de faire la fête:


A Genève avec des oreillers, à Chongqing avec des massues gonflables! Que de la bonne humeur!

samedi 3 avril 2010

Ce printemps, elle sera la plus belle...

   
... la jeune mariée, aux fleurs de cerisiers!

Rares sont les jeunes couples chinois qui se marient encore de manière traditionnelle. Le rêve de la belle robe blanche au long voile transparent s'est largement répandu en Asie. Les fiancés adoptent donc le costume occidental, et même parfois l'église occidentale, comme j'ai pu le constater au Japon! J'avais été très étonnée de découvrir, dans la banlieue de Kyoto, un grand nombre de petites églises. "Ils sont tous chrétiens, ici?", avais-je naïvement demandé. Non. Ce ne sont pas des églises. Ce sont des entreprises matrimoniales, de fausses églises pour se marier à l'occidentale! Ça vaut la peine, à ce  sujet, de jeter un œil sur cette curiosité: Tokyo Bay Wedding Village.

En Chine, on ne va pas jusque là. C'est surtout le costume qui compte. Mais là où ça devient curieux, c'est les belles journées de printemps, lorsque les arbres sont en fleur dans les parcs. On peut alors voir une file de mariées investir les lieux, attendre leur tour devant le plus bel arbre fleuri, poser dans les plus beaux cadres, accompagnées de beaux princes charmants, bien sûr, du photographe évidemment, et de la maquilleuse qui va donner un coup de spray à la chevelure, remettre un peu de fard, s'activer pour que la mariée, et surtout la photo, soit parfaite!

Mais se marient-ils vraiment? Tous en même temps? A la chaîne? Non. Le mariage aura lieu cette année, certes, mais la séance photo est trop importante pour risquer de la faire un jour pluvieux. Ainsi, là où dans la tradition occidentale le jeune époux n'a absolument pas le droit de voir la mariée avant sa spectaculaire entrée dans l'église au bras de son père, en Chine le fiancé a bien le  temps de l'admirer lors de la séance du printemps, de la voir s'ennuyer aussi... et de la comparer avec toutes les autres mariées qui attendent leur tour. Mais peut-être que le jour dit, elle rayonnera en costume traditionnel...


jeudi 1 avril 2010

Délices de viandes végétariens...



   
... dignes d'un exigeant fils du ciel

Le tofu pour remplacer la viande? Ça se voit souvent en Europe mais je n'irai pas jusqu'à dire que je trouve ça concluant. Les ersatz genre viande hachée Cornatur pour bolognaise végétarienne ou  cordons bleus de tofu pané ne m'ont franchement jamais convaincue.

En Chine, le végétarisme n'est pas appréhendé de la même manière qu'en Europe. Premièrement, il était forcé pendant très longtemps. La  viande étant un produit de luxe, elle ne faisait tout simplement pas partie du régime. Avec le développement économique, et l'enrichissement de la classe moyenne, la consommation de viande a explosé: il faut imaginer le désir qu'il y a derrière la viande, inaccessible et symbole d'aisance! Du coup, les chinois ont souvent de la  difficulté à comprendre le choix du végétarisme. Pour eux, la seule raison d'être végétarien, c'est la religion. Ne pas être religieux et être végétarien est une chose incroyable! Essayez d'aborder le sujet de la santé, et on vous répondra qu'il faut manger de la viande pour être bien portant. Ne tentons même pas de parler du respect des animaux, cette notion-là est à des années lumières de l'esprit de beaucoup de chinois. Non pas que les gens n'aiment pas les animaux. Simplement, l'animal, ici, est instrumentalisé. Bon à manger. Ou bon  jouet pour les enfants. Ou bien accessoire mignon pour portemonnaie bien fourni.

Le végétarisme est donc surtout lié à la religion, les temples offrant d'excellents restaurants végétariens. Mais n'est pas végétarien qui veut, et de nombreux moines  avaient autant de difficulté à se passer de viande qu'un fumeur forcé de s'arrêter a de la difficulté à se passer de sa  clope. Ainsi, certains se faufilaient hors des murs pour aller consommer en cachette un bon plat carnivore. On en connaît qui font de même avec le chocolat, planqué dans les tiroirs! C'est ainsi qu'est née la cuisine à base de viande végétarienne! Afin de déshabituer les jeunes moines récalcitrants à l'idée du renoncement végétarien, on prépare des plats qui imitent les plats de viandes, à base de tofu, de champignons,  d'arômes de toutes sortes. Et ça n'a rien à voir avec de bêtes ersatz! C'est tout simplement divin!

Ainsi à Pékin et Shanghai, les restaurants végétariens où l'on imite la viande sont très à la mode, et le prix bien sûr, très élevé. Et il y en a un à Xi'an! Près de la grand pagode de l'oie (Da Yen Ta), le  très pompeux 天龙宝严, prononcer Tian Long Bao Yan  ce qui veut dire "Trésor du Dragon strict du Ciel" - à moins que ce ne soit le ciel, ou le trésor, qui soit strict, sévère, sérieux, austère... qu'importe, c'est un dragon qui vient du ciel et qui ne rigole pas - ne cache en aucun cas ses airs de resto chic et select! On a envie de baisser la tête sous le strict regard jeté sur le client depuis le grand portrait haut placé.

Je n'irai pas jusqu'à dire que j'avais des doutes sur la qualité de l'imitation, car depuis que je suis en Chine, je mange beaucoup de ce tofu que je considère en Europe comme réservé aux végétariens. Il faut dire qu'ici, le tofu se décline sous une palette de variations infinie et est cuisiné avec une finesse incroyable. Bref, c'est un plaisir de s'en régaler. Je me réjouissais donc de voir à quoi ressemble le fameux "trésor de l'austère dragon ..." Et bien j'en suis restée sans voix. Normal, j'avais la bouche pleine! Pleine de délicieux mets variés, fins, surprenants. Pleine de me pourlécher les babines, les doigts, l'assiette (en vérifiant que personne ne regardait). Bref, c'était succulent! De la bonne cuisine chinoise comme je l'adore! Avec pour la fin, un gâteau fourré à la crème de haricots rouges! Divin! Comme le vénérablement strict, austère, sérieux dragon du ciel!

天龙宝严素食馆. Adresse: 西安市慈恩西路1号

mercredi 31 mars 2010

MA Jian - "Nouilles chinoises"

 
Petites histoires de gens ordinaires

L'écrivain reçoit le vendeur de sang. Chaque semaine. Il est pauvre, son ami est riche. L'écrivain est frustré. Il travaille à la solde du Parti et il doit écrire la biographie d'un héros martyre de la révolution. Il pourra ainsi figurer dans le prestigieux dictionnaires de grands auteurs, rêve de tout écrivain. Mais ce n'est pas sur les héros, que l'écrivain veut écrire. Lui, il veut raconter les gens, les vrais, ceux qui vivent autour de lui, qu'il rencontre dans la rue, qui ne sont pas héroïques. Il veut raconter la vraie vie, les vrais gens. L'actrice, et son incroyable suicide au tigre. Le croque-mort, et comment il se débarrassa de sa mère. La femme d'affaire. Tous ordinaires. Tous naturellement cruels.

Nouilles chinoises est plutôt un recueil de nouvelles qu'un roman. Rédigé sous la forme d'un dialogue entre le vendeur de sang et l'écrivain, il partage des réflexions amères sur la Chine des années 1990, ses valeurs, la cruauté des gens tout en racontant, dans chaque chapitre, un personnage, une histoire du quartier. Nouilles chinoises a ce petit côté burlesque, comique et tellement tragique que l'auteur maîtrise si bien. Il passe de l'autre côté du décors, se glisse sous la façade, fait tomber les masques.

Je reprends la citation de ce très bon article, car elle explique si bien les étranges contradictions chinoises. Cette fierté susceptible et mal assurée, et ce perpétuel sentiment d'humiliation que l'on rencontre fréquemment ici.

"Nous avons grandi dans un vide spirituel, coupés du reste du monde. Une génération perdue. Quand le pays a commencé à s’ouvrir, nous avons été les premiers à tomber. La culture étrangère est la seule religion maintenant, mais nous n’avons aucun moyen de la comprendre, ou d’apprécier sa valeur. Un demi-siècle a passé et soudain nous nous retrouvons dans la forêt de la vie moderne sans carte ni boussole. Comment une société abrutie par la dictature peut-elle trouver son chemin dans le monde moderne ? Nous sommes incapables de penser par nous-mêmes, nous n’avons pas de points de repère, nous sommes égarés, nous avons perdu pied. Nous affichons une arrogance superficielle pour cacher la piètre estime que nous avons de nous-mêmes."
Ma Jian, Les nouilles chinoises

mardi 30 mars 2010

Un long printemps

 
Toujours à Chongqing, un artiste à la retraite, Lu Xiangwan, s'est senti inspiré par la symphonie printanière de cette année. Ainsi, il s'apprête à donner les derniers coups de pinceau à une fresque de 101 mètre: "Mélodie de Printemps". Elle serait la plus longue du monde.

D'un coup de pinceau...


... mais quel coup!

C'est de la calligraphie et de la tradition que naît la peinture de Guo Xianzhong, sous le pinceau de qui l'animal prend forme dans l'idéogramme, le coup de pinceau reste celui de l'écriture et donne vie à des créatures stylisées, et tellement réalistes. Petit détour par Chongqing.






Source ici

dimanche 28 mars 2010

Cha da bao - thé à l'emporter

Hier, j'ai reçu un très joli cadeau typiquement chinois, qu'il va me falloir apprendre à utiliser. Un nécessaire à thé de voyage! Je vais enfin pouvoir reproduire une parfaite cérémonie chinoise du thé lors de mes errances de routarde solitaire. Et je vais pouvoir inviter plein de monde, car le nécessaire comprend huit bols à thé! Huit! De quoi se faire plein d'amis amateurs de thé au fil des routes!

Je le fait découvrir dans ces pages, car il est assez particulier, et très différent de ce que l'on connaît en Europe. Pour commencer, il tient dans une petite mallette pas plus grande qu'un trousseau à maquillage. A l'intérieur, la théière, son filtre, huit bols et une pince.


La campeuse barbare qui se balade avec son inséparable tasse de métal va prendre de petits airs raffinés! Le nécessaire est en fine porcelaine blanche, décoré de mes chers poissons koï (comme on aura pu remarquer dans la mise en page de ce blog... vous avez pensé à nourrir mes poissons?) et du telle finesse que la lumière filtre au travers!


Le filtre est en porcelaine aussi et se pose sur la petite téière. Il ressemble à un petit bol avec un couvercle, au fond, un  filtre et un seul petit trou: le thé prendra donc du temps pour passer au goutte à goutte d'un récipient à l'autre, mais quelles gouttes!



Quant à la pince, elle sert à tenir les bols alors qu'on les rince avec de l'eau chaude, puis du thé chaud, avant d'enfin pouvoir goûter. Car, raffinement oblige, ce thé là doit être goûté.  Dans de tout petits bols. Premier bol, première infusion (pour huit personnes). Puis on rince, remet de l'eau: deuxième infusion. Et de commenter le goût qui évolue. Certains thés sont meilleurs après plusieurs infusion, d'autres sont meilleurs au début. Voici donc un authentique nécessaire de connaisseurs baroudeurs raffiné. Je ne suis néanmoins pas tout à faire sûre de correspondre à  cette description... 


Quelle splendide journée

 
Un ciel d'azur, du soleil et des cerisiers en fleur... que demander de plus?

Et en plus, on est samedi. Autant le dire, un week end qui commence comme ça ne peut que mener à un seul endroit: le parc impérial à côté de chez moi. C'est là que ce sont donné rendez-vous tous les amoureux des arbres en fleur. Et en Chine, des amoureux des arbres en fleur, il y en a beaucoup. Lorsque le paysage se pare de nouveaux atours, premières neige ou floraison, les chinois y trouvent l'opportunité de pratiquer leur hobby préféré: la photographie! Et comme je me sinise beaucoup, je rapporte un bon lot de souvenirs fleuris de cette splendide journée. Cadeau.

Plus ici

vendredi 26 mars 2010

Chaud-froid

   
Histoires de chauffages

Non, promis, je ne vais pas parler de ma douche.

Mais du chauffage, si. Sujet brûlant (contrairement à la douche), qui certainement,  à son instar, excite l'attention! Ou peut-être pas. Reste néanmoins que le chauffage urbain en Chine mérite le libellé insolite sous lequel je classe cet article. Car son fonctionnement est des plus curieux.

Il faut tout d'abord dire que la Chine est coupée en deux. Il y a le nord, qui mange du blé (des nouilles) et le sud, qui mange du riz. Entre deux, il y a les montagnes "trop blanches", Tai Bai, contre lesquelles Xi'an s'adosse. Les nouilles et le riz ne sont cependant pas les seules différences citées régulièrement. Il y a aussi l'accent (il y a bien sûr plusieurs accents différents au sud comme au nord, mais il se regroupent néanmoins sous certaines similitudes qu'ils partagent en commun et que je découvre dans les problèmes de prononciation rencontrés par les élèves) ... et il y a, le chauffage. C'est très simple: au sud il fait chaud donc il n'y a pas de chauffage central (en hiver, à Chongqing, on baigne dans une froide humidité qui glace les os, surtout lorsque l'on se glisse entre les draps mouillés de son lit). Les gens se chauffent donc avec les  climatiseurs, pour les plus riches, autour de braseros, pour les plus modestes. Et lorsqu'un coup de froid pointe son nez, la panne d'électricité n'est pas loin, l'usine thermique (au charbon) ne suivant plus la demande électrique ds climatiseurs. Le même problème apparaît lors des gros coups de chaleur en été. Et oui, le climatiseur nest pas le meilleur moyen d'économiser l'énergie.

Au nord, en revanche, il y a le chauffage central. Car au nord, il fait froid en hiver. C'est logique. Et on retrouve dans les immeubles le charmant radiateur, avec ceci de particulier, qu'il n'a pas de manette. Aha! Et voilà la deuxième particularité, des plus étranges, il faut le dire: on ne contrôle pas soi-même son radiateur! Plus bizarre encore! Ce n'est pas non plus le responsable de l'immeuble (s'il y en a un - chez moi, je n'en suis pas franchement sûre) qui décide de quand enclencher le chauffage. Il y a des dates pour cela. Et c'est national (ou du moins, nord-national): chauffage il y a du 15 novembre au 15 mars. (Il me semble cependant que la décision soit plutôt locale, mais synchronisée avec les autres régions et du ressort des autorités tout de même.) S'il fait froid plus tôt ou chaud au début mars, et bien tant pis. La météo n'a qu'à suivre la règle! On grelotte ou on sue, tous en cœur! C'est ça, l'esprit collectif! Et la chaleur du radiateur peut varier dans la journée (il y a donc aussi des heures? Telle température pour telle heure?) C'est ainsi que je confirme: les chinois préfèrent se doucher le soir. Et c'est donc le soir, uniquement, que fonctionne le radiateur de la salle d'eau (oups, j'avais dit que je ne parlerai pas de ma douche)!

Ceci implique bien sûr que lorsque l'on s'absente un mois pendant les vacances, et bien l'appartement continue d'être chauffé. Bonjour la protection de l'environnement!

Source photo: fr-humour.com

jeudi 25 mars 2010

C'est le printemps...

   
... les magnolias sont en fleurs!


Pour apprendre à peindre de beaux magnolias comme ça, c'est ici

MA Jian - "Chemins de poussière rouge"

   
Trois ans d'errances sur les routes de Chine

Ma Jian est un jeune artiste pékinois dans les années '80. A l'heure de la campagne contre "la pollution intellectuelle",  son ton libre et irrévérencieux ainsi que son mode de vie libéré déplaît, au point qu'il lui faut quitter Pékin. Adepte récent du bouddhisme, il décide alors de faire une quête spirituelle en passant par les lieux les plus sacrés de Chine. Son but ultime étant le Potala à Lhasa. Il suit donc la muraille jusque dans le Gansu mais, à court d'argent, se voit obligé de rejoindre Chengdu. En fait, il ne verra pas Lhasa avant trois ans. Trois ans d'errances à travers une Chine en pleine mutation, du nord à l'ouest, puis vers le  sud, pour revenir vers l'Ouest. Un voyage fait de surprises, de contrastes et de désillusion.

A travers son périple, Ma Jian permet de voir la Chine comme aucun voyageur ne la verra jamais. Celle d'un routard chinois. Plus que n'importe quel ouvrage, le livre de Ma Jian permet de se plonger dans les réalités des années '80. Celle de Pékin, si différente de Shanghai, celle du Yunnan profond, oublié, celle des grands espaces vides, et des villes surpeuplées, celle du Tibet, dans toute sa rude crudité. Il publiera d'ailleurs un second ouvrage, "La mendiante de Shigatse", sur son expérience tibétaine. Ma Jian est censuré en Chine. Il vit aujourd'hui à Londres, après avoir vécu plusieurs années à Hong Kong.

A mes yeux, "Chemins de poussière rouge" est un livre incontournable. et un beau coup de cœur.

mercredi 24 mars 2010

Et si on jouait un peu avec la censure chinoise sur Google?

   
Le 22 mars, une ONG de défense des droits humains applaudissait la décision de Google de ne plus censurer son moteur de recherche en Chine. Un peu rapidement peut-être. J'apprenais la nouvelle ainsi. Deux jours plus tard, à ma première connexion firefox, je vois apparaître la page du moteur de recherche google en chinois. Un peu étonnée, je regarde l'adresse: ma page a été redirigée sur Hong Kong. Ah. J'essaie alors google.com: la page ne s'affiche pas. Elle ne marchera qu'avec le proxy. Une petite recherche dans l'actualité me confirme ce que j'avais dûment constaté: la Chine et Google continuent de se voler dans les plumes. Analyses du côté des nouvelles occidentales, hauts cris à la trahison du côté des journaux chinois. Bon.


Alors j'ai eu l'idée de tester un  peu se nouveau google qui soit disant se voudrait sans censure. L'expérience est facile. Il suffit d'aller sur le site de google.hk  (puisque c'est depuis là que surfent désormais les chinois) et de taper, en chinois, Tian An Men 天安门  dans la recherche d'images (le site propose les caractères chinois automatiquement). Voilà ce que ça donne:


C'est beau! C'est vert! Couleurs joyeuses oun politiciens soucieux en train de faire leur travail de politicien (c'est-à-dire donner une conférence de presse, autrement dit, informer la population) .Maintenant, sur le même site, tapez la même recherche sans les caractères chinois. Ça donne ça:


Ah! La troisième image détonne un peu mais ça reste politiquement correct. Déménageons maintenant sur google.com, aux US. La même recherche donne, bien sûr, des résultats complètement différents, et bien moins idylliques:


Google ne censure plus son moteur de rechercher? Belle plaisanterie. La censure n'a pas bougé d'un iota, mais le site a déménagé. CQFD.
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